Le Jeu du Roi/Reine | De la médiation au Qui suis-je? en passant par le Jeu du Roi
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De la médiation au Qui suis-je? en passant par le Jeu du Roi

De la médiation au Qui suis-je? en passant par le Jeu du Roi

Posted by Dominique Vincent in Non classé 12 Jun 2016

Institut Catholique de Paris

IFOMENE
Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation

Diplôme Universitaire de Médiateur

(2ème partie)

Promotion 2014/2015

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De la médiation au « Qui suis-je ? » en passant par le « Jeu du Roi »

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Ann FERDINAND

De la médiation au « Qui suis-je »

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« Pour appréhender le Mystère, la rencontre ne peut se faire qu’à travers le questionnement ».

Jacqueline Morineau

Avec mes remerciements à Dominique Vincent pour ses enseignements reçus au travers du « Qui suis-je? » et du « Jeu du Roi », et qui ont nourri et nourrissent encore mon apprentissage de la posture de médiateur.
Avec mes remerciements à Abraham Zeini pour son enseignement avec une approche intégrative de la médiation.

Page 2

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I II

1.

2. III

1. 2. 3. 4. 5. 6.

IV 1.

2. V

1. 2. 3.

VI 1.

2.

3. VII

VIII

IX 1.

2.

Introduction ……………………………………………………………………………………………………………… 4 Définitions ……………………………………………………………………………………………………………….. 5 Le « Qui suis-je ? » ……………………………………………………………………………………………….. 5 Le « Jeu du Roi » ………………………………………………………………………………………………….. 6 De la médiation au « Qui-suis-je ? » ……………………………………………………………………………. 8 Le cadre ………………………………………………………………………………………………………………. 8 La neutralité …………………………………………………………………………………………………………. 9 L’écoute active et le silence …………………………………………………………………………………… 12 Le miroir …………………………………………………………………………………………………………….. 14 La posture ………………………………………………………………………………………………………….. 16 Le pouvoir ………………………………………………………………………………………………………….. 18 Les Limites de la comparaison………………………………………………………………………………….. 19 Le « Jeu du Roi » ………………………………………………………………………………………………… 19 La responsabilité/liberté individuelle ……………………………………………………………………….. 19 D’autres champs d’exploration possibles ……………………………………………………………………. 21 Étude du cadre/de l’agencement idéal pour une médiation…………………………………………. 21 Étude des placements choisis ou donnés aux médiés……………………………………………….. 21 Analyse des archétypes préférentiellement utilisés par le médiateur ……………………………. 22 Témoignages …………………………………………………………………………………………………………. 23 L’expérience d’un médiateur ………………………………………………………………………………….. 24 L’expérience d’un thérapeute…………………………………………………………………………………. 29 L’expérience d’un élu politique……………………………………………………………………………….. 40 Conclusion …………………………………………………………………………………………………………. 44 Annexes …………………………………………………………………………………………………………….. 45 Annexe 1 : Formation « Le Jeu du Roi » …………………………………………………………………….. 45

Annexe 2 : Le Jeu du Roi…………………………………………………………………………………………. 46

Annexe 3 : Séminaire intensif du « Qui suis-je » ………………………………………………………….. 49

Bibliographie ………………………………………………………………………………………………………….. 50 Ouvrages……………………………………………………………………………………………………………. 50 Articles de revue………………………………………………………………………………………………….. 50

De la médiation au « Qui suis-je »

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Table des matières

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I

Introduction

De la médiation au « Qui suis-je »

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En France, l’ordonnance du 16 novembre 2011 a défini la médiation comme suit:

«La médiation s’entend de tout processus structuré, quelle qu’en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l’aide d’un tiers, le médiateur, choisi par elles ou désigné, avec leur accord, par le juge saisi du litige ».

Et si, tout comme l’a fait la 10ème fête de la médiation (Avril 2015 – Ifomène), celle-ci était vue au-delà de ce contexte juridique et abordée comme un processus « à la rencontre de soi et de l’autre », notamment développé par l’approche : « J’ai besoin de l’autre pour être moi-même ».

La médiation pourrait-elle donc être abordée comme un processus de connaissance de soi ?

Lorsqu’on parle de médiation, il est souvent évoqué le conflit amené par les parties (médiés), leur état émotionnel, leur état d’esprit,…

Et si le point de mire était changé en prenant pour référence le médiateur ? Qu’amène-t-il de son propre monde au sein de la médiation ?
Et en quoi une médiation peut-elle le renseigner sur qui il est ?

Pour étayer ces questionnements, une analyse sera faite sur les liens et passerelles pouvant exister entre un processus de médiation et les processus utilisés dans des séminaires ou formations de développement personnel, souvent propices à la connaissance de soi.

Cette analyse s’appuiera notamment sur les séminaires du « Qui-suis-je ? » et du « Jeu du Roi ».

Existe-t-il des limites dans cette comparaison ? Quels seraient les autres axes d’exploration ?

Le témoignage d’un médiateur, Abraham Zeini1, d’un thérapeute, Dominique Vincent2, et enfin d’un élu politique, Jean-Philippe Magnen3 apporteront également une illustration à cette approche.

1
Avocat, Médiateur, Formateur en médiation, Théâtre (Arts dramatiques), PNL

2
Thérapeute, superviseur de psychologues et de psychothérapeutes, animateur de groupes de développement personnel et de

formations depuis plus de quarante ans. Il anime notamment les séminaires du « Qui-suis-je ? » et du « Jeu du Roi ».

3
Psychothérapeute Gestalt, élu politique depuis 15 ans dans la ville de Nantes/Pays de Loire, formateur au « Jeu du Roi »

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De la médiation au « Qui suis-je »

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II

Définitions

Avant de rentrer dans l’approche des passerelles qui pourraient exister entre la médiation et la connaissance de soi, il est opportun d’apporter quelques définitions.

1. Le « Qui suis-je ? »

Dans ce mémoire, le « Qui suis-je » est abordé sous deux axes: – un questionnement pour aller vers la connaissance de soi
et
- un séminaire intitulé le « Qui suis-je ?»

Ce dernier a été élaboré il y a plus de 40 ans.

Il se tient en général sur quelques jours, et l’essentiel de chaque journée consiste en un travail de dyades.

Une dyade est une séquence de quarante minutes qui implique deux personnes se faisant face.

Au sein d’une dyade et par tranche de cinq minutes, une des personnes a la parole pour répondre à la question qui lui est nommément posée par l’autre personne du duo : « Dis-moi qui tu es ?».

La personne ayant émis la question, devient alors le récepteur silencieux des partages de la personne lui faisant face dans sa plongée intérieure.

Pour chaque dyade, les personnes changent de partenaire.

Le ou les animateurs tiennent le cadre et interviennent lorsque cela est nécessaire.

Cela peut se faire notamment pour aider et soutenir la plongée dans le processus d’introspection, pour accompagner des émotions fortes qui surgissent ou encore pour réorienter la personne qui émet initialement la question dans sa posture de réception.

A la demande d’un des participants ou sur proposition d’un des animateurs, il est également possible d’interrompre le cours d’une dyade pour s’entretenir avec ces derniers.

En dehors des dyades, le silence est un des composants majeur du séminaire.

(cf. annexe 3 – Séminaire intensif du « Qui suis-je » – p49)

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2. Le«JeuduRoi»4

De la médiation au « Qui suis-je »

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Ce jeu a été élaboré par Dominique Vincent peu après 1995 en se basant sur les archétypes de la tradition jungienne, et en les intégrant au sein d’une structure de conseil d’un royaume mythique.

Les différents archétypes au sein de ce « royaume » sont :

  •   le Roi/la Reine (accomplissement de la personnalité – maîtrise de son royaume interne et externe)
  •   le sage (préoccupation du bien commun et du sens sacré)
  •   l’artiste (émotion et imagination créatrice)
  •   le guerrier (la volonté et l’action)
  •   le compagnon bâtisseur (maîtrise de la pensée et de l’action dans la matière)
  •   l’inconnu (à la fois l’ombre et la source jaillissante et créatrice de la psyché cherchant

    des voies d’émergence)

    Représentation des différents archétypes adaptée de l’ouvrage « Au cœur du pouvoir, Le Jeu du Roi »

    Le principe du « Jeu du Roi » est que pour lancer un conseil, un des participants prend la place du Roi/Reine.

    Instantanément, une configuration se crée : les autres participants, membres de ce conseil, souhaiteront être pour ce roi ou cette reine, tel ou tel archétype, et se positionnent alors dans le royaume en fonction de ces ressentis.

    4
    Cette définition est basée sur une interview de Dominique Vincent paru en 2013 dans la revue « Synodies » : Le Jeu du

    Roi/Reine : L’Individuation et le Soi, ainsi que sur un de ses ouvrages « Au cœur du pouvoir : le Jeu du Roi ».

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De la médiation au « Qui suis-je »

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Et cela sera tout à fait différent pour une autre personne ayant pris le rôle de roi ou de reine.

Le script est ainsi donné par le roi ou la reine et à la fois, les autres participants se distribuent selon le casting de leur propre monde intérieur.

Au travers de son expérience, Dominique Vincent est ainsi arrivé à la conclusion qu’une personne ne pouvait se définir selon uniquement l’un ou l’autre de ces archétypes et qu’elle était représentée par l’ensemble de la configuration créée instantanément, comme une émergence de la personnalité de celui ou celle qui joue le rôle du roi/reine.

(cf. annexe 1 et annexe 2 – p45 et p46)

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De la médiation au « Qui suis-je »

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III De la médiation au « Qui-suis-je ? »

Cette analyse propose en préambule de porter le regard en prenant pour référence la position de médiateur au contact des médiés.

En effet, qu’amène-t-il de son propre monde au sein de la médiation ? En quoi cela peut-il le renseigner sur qui il est ?

Les réponses à ces questionnements seront étayées en abordant les passerelles pouvant exister entre certaines composantes essentielles d’un processus de médiation, et les processus utilisés dans des stages et formations de développement personnel, tels que le « Qui suis-je ?» et le « Jeu du Roi ».

1. Le cadre

En préambule de toute médiation, le médiateur rappelle, aux parties présentes (les médiés), le cadre en s’appuyant notamment sur le concept de la PORTE : Présentation, Objectifs, Règles, Temps, Engagement.

Au-delà de ce cadre « technique », quelle est la Porte propre au médiateur que ce dernier ouvre sur l’espace de médiation ? Quel est le cadre qu’il crée ?

Selon les courants, il est par exemple de mise de tenir une médiation autour d’une table ronde, ou d’avoir des tables positionnées en triangle ou encore de briser les codes en ne mettant aucune table, à l’instar de Thomas Fiutak.

Chaque médiateur va finalement avec le temps développer son propre style et son propre cadre.

Le séminaire du « Jeu du Roi » permet d’illustrer cela en transposant le médiateur au sein de la médiation comme celui prenant le rôle du roi/reine au sein du conseil.

Chaque médiateur, en fonction de sa personnalité, va proposer un cadre, émergence de sa personnalité et de l’aménagement de son propre « royaume interne ».

L’aménagement de la table et des chaises au sein de la pièce, le positionnement qu’y choisit le médiateur pour lui et ainsi que celui que les médiés ont, sont autant d’éléments qui jouent un rôle dans le déroulement de la médiation.

Dominique Vincent incite les participants du « Jeu du Roi » à transposer ce qu’ils ont appris durant cette formation à leur domaine professionnel.

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De la médiation au « Qui suis-je »

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Cela les mène notamment à observer comment, durant une réunion, se positionnent les personnes en fonction des différents archétypes.

Il pourra également être noté la coloration et l’énergie différentes amenées à la réunion selon l’aménagement, les placements choisis, et selon la personne menant la réunion.

En prenant la vision d’une scène de médiation en tant que de scène de « conseil », le médiateur peut ainsi se questionner et observer le cadre qu’il crée et qui émane de lui.

Il pourra y voir une représentation d’une partie de son monde interne.

Cet aménagement est-il choisi car cela lui donne plus confiance, le rassure, est plus approprié au contexte de cette médiation, la configuration de la pièce l’impose, …. ?

Le regard porté sur le cadre peut également permettre en fin de médiation de noter les interactions qui se sont jouées au sein de cet espace avec cette configuration donnée.

Les observations et réponses faites à ces questions vont être propres à chaque médiateur, et à l’image de l’humain en constante évolution, elles sont amenées à évoluer dans le temps et vis-à-vis de chaque médiation.

Ainsi, tout comme l’ouverture d’un conseil, le médiateur, en ayant le rôle du roi/reine, induira un espace, un cadre qui lui est propre et dans lequel les médiés viendront s’insérer pour le mettre en lumière.

2. La neutralité

Dès les premières lignes des cahiers de Montalieu sur le thème de la neutralité5, la définition est posée : « la neutralité est une attitude du médiateur qui permet de garantir l’impartialité du processus. Elle suppose d’être au clair avec sa situation intérieure (valeurs, vécu et sentiments) et extérieure (dépendance ou conflit d’intérêts) afin de ne pas avoir de projet sur l’issue de la médiation, de pouvoir la mener de manière impartiale ».

Cette définition est claire mais n’enlève en rien la complexité que porte la neutralité pour tout médiateur.

Cette complexité peut notamment être illustrée par un atelier parfois proposé dans des stages de développement personnel.

Au début du stage, dès que le groupe est installé, le tout premier exercice proposé est le

5
Bernard, Dorothée – Savigny, François – Bensimon, Stephen (2014). Le médiateur – La Neutralité : une nécessité éthique,

Mille difficultés pratiques. Saint-Quentin-en-Yvelines: Médias & Médiations

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suivant : chaque participant se voit distribuer plusieurs post-its dont le nombre correspond à celui des personnes présentes dans le groupe (animateurs inclus).

Chacun va alors observer les différents membres du groupe et noter sans filtre ce que chaque personne évoque pour lui (souvent sous forme d’adjectifs).

Une fois l’exercice d’écriture finalisé, les participants se lèvent et collent les post-its sur les différentes personnes concernées.

Le nombre de post-its distribués crée une forme d’anonymat mais à la lecture, si un participant en ressent le besoin, celui-ci peut demander à connaître l’identité de la personne ayant écrit tel ou tel post-it ou encore tel ou tel passage d’un post-it (sachant que la personne à l’origine du message a la possibilité de garder le silence si elle le souhaite).

Cet atelier permet notamment de mettre en lumière plusieurs aspects :

- les projections et jugements faits instantanément sur des personnes inconnues : en général, les participants ne se connaissent pas ou très peu. Ce n’est qu’au fil du séminaire que le groupe fait davantage connaissance et que chacun peut alors observer les éventuelles projections faites.

Ces projections peuvent être vues comme une expression d’un vécu, d’un contexte familial ou professionnel, ou encore de croyances,…de la part de l’émetteur du message.

- la captation du monde interne de l’autre: le « Jeu du Roi » illustre cela en montrant que, de chaque personne émane un monde qui lui est propre.

Les post-its reçus peuvent être ainsi vus comme un éclairage sur ces aspects de soi, perçus, il est important de le souligner, au travers du filtre des ressentis de la personne ayant émis le message.

- les zones de blessure : la lecture d’un mot ou d’un adjectif posé sur un post-it peut être difficile à recevoir. Cela est néanmoins un renseignement précieux pour le receveur du message pour détecter des parties encore fragiles de soi, des blessures à panser ou encore une part d’ego qui s’est sentie attaquée, ….

Il faut noter que cet atelier peut être vécu de manière très violente et déstabilisante pour les personnes fragiles à la lecture des post-its. Il pourrait convenir ici d’y intégrer l’approche faite par le « Jeu du Roi » via la réappropriation immédiate du message par son émetteur afin de voir en quoi, au final, ces mots parlent en fait de son propre monde intérieur.

Cet atelier illustre par ailleurs bien la complexité que porte l’exercice de la neutralité.

Pour chaque médiation, le médiateur se doit d’observer avec attention, prudence et humilité ce que les médiés déclenchent en lui pour ne pas s’y identifier et tendre de la manière la plus juste vers l’impartialité.

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La neutralité peut ainsi être vue comme une démarche intérieure consciente afin d’éviter les jeux de projections. Néanmoins, elle ne joue pas ce seul rôle de garde-fou.

Pour reprendre l’exemple du séminaire du « Qui suis-je », les participants ne se connaissent pas pour la plupart du temps ou que partiellement.

Personne ne peut ainsi soupçonner d’avance le monde intérieur, le vécu de l’autre.

Et c’est durant les dyades qu’un enseignement fort émerge : le fait de se mettre dans une posture de neutralité permet d’accueillir l’autre avec bienveillance dans ce qu’il est et cela devient une des clés du processus.

En effet, cet autre, ne sentant pas jugé, peut exprimer avec confiance sa vérité, ce qui émerge pour lui, ses vécus enfouis, ses émotions, qui il est.

La neutralité du récepteur n’est en rien un état de distanciation froid par rapport au vécu de l’autre, ce qui le couperait de tout ressenti ou émotion. La neutralité du récepteur intègre la notion d’empathie, qui engage la capacité de pouvoir se mettre à la place de l’autre, sans qu’il y ait pour autant contagion émotionnelle.

Au travers de cette neutralité supportée par l’empathie, celui qui s’exprime peut se sentir accueilli avec bienveillance tout en ayant la sensation que ses émotions sont reconnues.

Il est important de noter que le partage reçu peut aussi créer de fortes résonances dans le monde intérieur du récepteur. Et tout comme ce dernier fait preuve de bienveillance, d’empathie dans sa neutralité envers la personne qui s’exprime, il s’agit alors d’en faire de même pour accueillir ses propres résonances, tout en restant présent à cet autre.

Il faut noter que la définition donnée en préambule des rencontres annuelles de Montalieu intègre la posture de neutralité également dans le fait de « ne pas avoir de projet sur l’issue de la médiation ».

Cela fait également écho au séminaire du « Qui suis-je ? », pour lequel il serait finalement tentant de vouloir qu’il y ait une bonne réponse, une réponse juste ou préétablie.

L’expérience est en fait toute autre : la réponse à cette question est tout simplement la vérité du moment pour chacun, et venir à ce séminaire avec l’attente d’avoir une réponse toute faite n’est donc pas de mise.

Il s’agit ici de s’appuyer et de faire confiance au processus pour laisser émerger ce qui est présent.

Et il en est de même pour le médiateur : celui-ci devra s’appuyer sur sa neutralité, pour lâcher sa velléité de vouloir trouver ou induire une réponse, une solution, et laisser la place aux

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De la médiation au « Qui suis-je »

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médiés dans le déroulement du processus.

La neutralité, dans les différents aspects qu’elle porte, pourra un jour amener chaque médiateur à se trouver dans une posture confrontante.

S’il peut sembler plus aisé d’identifier « une situation extérieure » telle que des conflits d’intérêts, il est bien plus sensible d’accueillir avec humilité des aspects intérieurs qui peuvent écarter de la neutralité.

Il reste alors de la responsabilité du médiateur de se connaître suffisamment, d’être vigilent voire même de décliner une médiation s’il sent qu’un des aspects qui émerge de lui n’est pas compatible – pour le moment – avec le type de contexte ou de conflit amené.

La neutralité est ainsi un espace sensible qui demandera au médiateur de développer sans cesse la conscience et la connaissance de son monde intérieur, de ses projections, de ses zones sensibles, et de ses propres velléités. Néanmoins, la plus-value est forte : cette démarche de connaissance et d’accueil de soi, dans la bienveillance et l’empathie, tout comme le montre le « Qui suis-je » est au final une clé pour laisser l’autre exprimer qui il est.

3. L’écoute active et le silence

Les premiers aspects sur lesquels les médiateurs sont sensibilisés dans le cadre du cursus de formation à l’Ifomène sont l’écoute active et le silence.

Dans le séminaire du « Qui suis-je », au cours des dyades, l’écoute active du récepteur est fondamentale, tout comme l’est le silence, partie intégrante de l’ensemble du stage.

Que peuvent induire ce silence et cette écoute active dans une médiation ?

Dans le « Qui suis-je », le récepteur silencieux reste en contact visuel avec l’autre, en congruence avec ce qui se passe pour lui-même et à la fois pour l’autre.

Cela laisse à cet autre un espace dans lequel il peut s’exprimer librement et sans interruption.

Le récepteur n’est finalement pas là pour donner des résolutions à la personne qui s’exprime. Ce récepteur silencieux accueille simplement et authentiquement ce qui se passe, ce qui émerge, ce qui est dit.

Et au travers de ce silence et de cette présence, s’opère une forme de magie : la présence de cet écho silencieux crée un espace sécurisant pour celui qui s’exprime. Il pourra dire, mettre

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Morineau, Jacqueline (2014). L’esprit de la médiation. Toulouse : Erès – p107

De la médiation au « Qui suis-je »

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en mot, s’autoriser à sentir et à exprimer une émotion tue, oubliée ou cachée. Et de cela, se créent des formes de guérisons et de libération.

De même, au sein d’une médiation, sans enlever au médiateur son rôle actif dans la gestion du processus, l’écoute active et le silence jouent leur part de mystère dans le cheminement vers une résolution ou un apaisement entre les médiés.

Jacqueline Morineau a écrit : « S’ouvrir au Mystère, c’est s’ouvrir à l’autre »6. Tout comme cette phrase peut aussi bien s’adapter à l’émetteur et au récepteur, elle peut être lue en miroir : « S’ouvrir à l’autre, c’est s’ouvrir au Mystère ».

Le séminaire du « Qui suis-je » amène également un autre parallèle avec la médiation.

Au sein du séminaire, il est possible en tout temps d’interrompre une dyade et de lever ainsi le cadre du silence (prôné en dehors des temps de parole des dyades) afin de s’entretenir en aparté avec un des animateurs.

Cet aparté peut se faire à la demande d’un participant ou de l’animateur.

Il permet au participant de pouvoir éclaircir et dépasser un blocage, d’aller plus loin dans le processus, de se recentrer sur les ressentis qui surgissent face à la question « Dis-moi qui tu es ».

En effet, ce séminaire, de par son cadre qu’on pourrait qualifier de stricte au travers du silence qui l’entoure, laisse émerger de très fortes émotions.

En tant que participant, il est ainsi important de pouvoir se laisser glisser en confiance dans ce cadre, tout en sachant qu’il est possible, à tout moment, de bénéficier de ces « zones de respiration » que sont les apartés.

La médiation offre également, dans son processus, la possibilité en tout temps de faire des apartés avec le ou les médiateurs, sur demande d’un des médiés ou sur l’impulsion du médiateur.

Le parallèle fait entre ces deux processus souligne ainsi l’importance pour les médiés, de par l’intensité des émotions qui peuvent surgir, de pouvoir cheminer en confiance dans un cadre ressenti comme sécurisant grâce à l’existence de cette porte ouverte qu’est l’aparté.

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De la médiation au « Qui suis-je »

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4. Le miroir

Il a été proposé en préambule de changer le regard posé sur la médiation, souvent mis sur les médiés et les contextes amenés par ceci, et de le poser en prenant pour référence le médiateur.

Le « Jeu du Roi » offre, à celui ayant pris la place du roi/reine, un miroir de son monde intérieur au travers de la configuration qui s’est mise en place au niveau des différents archétypes.

La scène de médiation qui se joue pour le médiateur pourrait-elle alors être vue comme un jeu de miroir en réponse à son propre monde intérieur ?

La spécialisation d’un médiateur dans un domaine donné induit de fait une certaine typologie de conflits. Néanmoins, il peut être intéressant pour un médiateur de se questionner sur la récurrence d’un certain type de conflits qui lui est le plus souvent amené.

En quoi cela peut-il le renseigner sur son propre monde intérieur ?

Quelle est la partie de lui qui est dévoilée plus particulièrement au travers de cette récurrence ?

Il ne s’agit en aucun cas ici de prendre le raccourci qui mènerait à dire que les médiateurs reçoivent beaucoup de médiations car ils sont en perpétuel conflit intérieur.

Il s’agit ici de voir ce qu’un contexte donné va renvoyer et refléter au médiateur.

Ce miroir peut être l’occasion de voir que le conflit qui se joue devant lui peut mettre en lumière une part de lui très affectée par le contexte ou faire émerger un aspect de lui en réponse adéquate à ce contexte et aux besoins des médiés.

Aborder cela sous cet angle peut permettre de voir, dans le contexte amené par les médiés et les résolutions qui auront pu être faites au cours de la médiation, un miroir intérieur pour le médiateur lui permettant de pacifier certains aspects de lui ou encore de faire grandir, laisser émerger voire révéler des compétences insoupçonnées.

La vision du conflit perd alors toute connotation de bien ou mal.

Et si on pousse cette vision du jeu de miroir, peut-être, serait-il possible de voir la pacification individuelle comme une voie vers la pacification de conflits extérieurs ?

Le médiateur a ainsi une place précieuse pour assister avec humanité et humilité aux conflits qui se jouent particulièrement dans une société, une culture, une entreprise, une famille…en

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Morineau, Jacqueline (2014). L’esprit de la médiation. Toulouse : Erès – p96

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lui…et pouvoir ainsi œuvrer depuis son monde intérieur et remonter par effet miroir la chaîne de pacification depuis son propre centre.

La notion de miroir peut être aussi vue en tant qu’outil du médiateur, tel que l’évoque Jacqueline Morineau : « le médiateur se situe (…) en tant que miroir reflétant les émotions des protagonistes pour les recevoir et les réfléchir. »7

En effet, au travers des différents outils que sont la reformulation, le questionnement, le médiateur peut refléter au médié les émotions et les faits que ce dernier exprime.

Via ce jeu de miroir, il se peut même que pour un des médiés, ce soit la première fois qu’une personne lui renvoie une reconnaissance de sa souffrance, d’une émotion, d’une vérité qui lui est propre.

Et ce jeu de miroir se fait au final de manière bilatérale.

En effet, après la reformulation faite au médié venant de parler, il est courant que le médiateur s’adresse à l’autre médié pour lui reformuler les propos exprimés.

Cela rend davantage « audible » les propos de cet autre, renvoyés par ce miroir extérieur au conflit qu’est le médiateur et cela peut également engendrer une reconnaissance de ce vécu par l’autre médié.

Ce miroir, au travers de cette reconnaissance bilatérale, offre une diminution de la charge émotionnelle et permet souvent d’apporter une avancée significative dans le processus de médiation.

Néanmoins, pour réussir cela, le médiateur doit pouvoir présenter un miroir limpide. Il s’agit pour celui-ci d’apprendre à se connaître en décelant son propre brouhaha intérieur et ainsi permettre d’amener aux médiés un miroir de plus en plus net et silencieux dans les phases d’écoute et d’accueil, et de neutralité et de précision dans les temps de reformulation.

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5. La posture

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Imaginer une scène de conseil dans laquelle un Roi/Reine énonce ses plus sincères intentions tout en étant voûté sur son trône, ne regardant pas les membres du conseil, rêvassant, parlant d’un ton sec ou très vite, …

Quel serait l’impact de cette posture sur la tenue du conseil et ses membres ?

Au sein du séminaire du « Jeu du Roi » et de ses deux ouvrages sur ce thème, Dominique Vincent sensibilise et décrit l’importance du corps, comme étant une cartographie de centres énergétiques. Il place d’ailleurs le corps humain comme « l’archétype fondamental, microcosme à l’intérieur duquel se retrouve et se joue tout l’univers»8.

Il détaille notamment cela en évoquant dans son second ouvrage du « Jeu du Roi »9, les concepts émis par Arnold Mindell : le « Dreambody » et le « Dream-up ».

Le concept de « Dreambody » (corps-rêve) est né de l’observation des connections pouvant exister entre les symptômes du corps et les rêves. Et selon A. Mindell, porter son attention sur les expériences subtiles du corps permet de les amplifier afin de révéler des enseignements et informations inattendus.

L’autre concept qui en découle est le « Dream-up » qui englobe ce « corps-rêve agissant » dans son impact sur les personnes et les choses l’entourant. Les relations humaines en sont rendues d’autant plus complexes que ce mécanisme est souvent inconscient et qu’au sein d’un groupe, s’additionnent les différents « rêves » de chacun.

Pour illustrer ce « rêve en action », Dominique Vincent partage l’expérience d’une participante au « Jeu du Roi ». En montant sur le trône, une femme lance « son conseil en présentant ses intentions. Elle annonce d’emblée qu’elle désire que tous se sentent bien et puissent s’exprimer dans son royaume. Mais elle le fait avec un ton dominateur contrastant avec l’intention exprimée, ce qui en indispose plusieurs, même si la plupart n’identifient pas la source de leur malaise. De plus, elle parle si longtemps que les membres du conseil se sentent de plus en plus mal à l’aise jusqu’à ce que leur colère éclate. Ce qui a été mis à jour est que, dans son scénario familial, il fallait dominer les autres, en particulier par la voix, dans l’espoir, toujours déçu, de se faire entendre.

Automatiquement, certains réagissent envers elle avec la charge qu’ils peuvent avoir en réserve contre leurs propres parents. D’autres, par contre, qui ont eu des parents faibles, accepteront mieux son attitude car elle résonne avec leur besoin d’avoir une figure parentale

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Vincent, Dominique (2013). Le Jeu du Roi/Reine : L’individuation et le Soi. Synodies, p53-57 9

Vincent, Dominique (2013). Au-delà des jeux de pouvoir : se connaître, se construire, agir. Gap: Le Souffle d’Or – p124

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qui s’affirme. »10

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Ces concepts éclairés par ce partage montrent à quel point il est clé de pouvoir clarifier ses attitudes inconscientes afin d’agir en conscience.

En faisant la passerelle vers une scène de médiation, la posture du médiateur a donc de manière indéniable un impact sur les médiés et le déroulement du processus.

Comme évoqué précédemment, une part du rayonnement du médiateur est inconsciente et induite par son monde interne.

Pour aller vers une clarification de ces aspect, le médiateur peut, à l’instar de la question du « Qui suis-je ?» fil conducteur du séminaire, se poser la question tout au long de la médiation « comment suis-je présentement dans mon corps ? ».

Il peut noter le rythme de sa respiration, sa fluidité, ses changements et réaliser l’impact que cela peut avoir sur les médiés.

Il peut également observer le ton de sa voix, la vitesse de son phrasé, …selon les contextes, les phases de la médiation.

De même, il peut sentir comment est positionné son corps. Est-il aligné, penché sur le côté ou vers l’avant, figé ou droit et souple ? Quelle est alors l’intention (consciente ou inconsciente) qui se cache dans cette posture ?

Tout cela le conduit également à être davantage en contact avec ses différents ressentis.

Il s’agit pour le médiateur d’être en résonance fine des impacts dans son corps des émotions et paroles des médiés. Tout coup perçu ou sensation dans le corps, sa localisation, sont autant d’éléments sur lesquels il doit porter son attention sans chercher à les ignorer ou les contrer. Les accueillir et les laisser s’expanser va permettre de libérer cette énergie exprimée dans le corps, pouvant créer en résonance une libération également pour les autres personnes présentes.

L’observation de sa posture et de ses impacts sur les médiés sont, de nouveau pour le médiateur, des sources d’apprentissage et découverte de soi à des niveaux profonds qui peuvent être mis au service de la médiation.

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Vincent, Dominique (2013). Au-delà des jeux de pouvoir : se connaître, se construire, agir. Gap: Le Souffle d’Or

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6. Le pouvoir

De la médiation au « Qui suis-je »

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Dominique Vincent aborde ce thème en positionnant le « pouvoir au-delà des jeux de pouvoir»11.

Pour lui, le « Jeu du Roi » est un « puissant outil thérapeutique de groupe, pouvant tout particulièrement servir de formation au leadership. Il est surtout une voie de sagesse conduisant à l’individuation et à la réalisation du soi. »

Pour faire le parallèle avec la médiation, quel est alors le pouvoir du médiateur ?

Tel que le processus de médiation est défini, le médiateur n’a pas de pouvoir en soi : il tient le cadre, s’appuie sur un processus et accompagne les médiés dans la résolution du conflit qui les « unit ».

Ainsi, ici, l’application du terme leadership, à l’instar de celui de pouvoir, prend d’autant plus de sens pour le médiateur.

Il s’agit en effet de voir le médiateur comme leader du conseil qu’est la médiation.

Le leadership du médiateur s’exprime comme une consolidation des différents aspects de lui, tels que la tenue du cadre, sa neutralité, son écoute, la conscience des jeux de miroirs et de son monde intérieur, sa posture, et cela à des niveaux profonds.

On voit également ici à quel point le terme pouvoir perd ses connotations de pouvoir sur l’autre, d’abus ou de manipulation. Le leadership du médiateur replace le pouvoir dans le sens de la collaboration, au service des médiés.

Aussi, être à l’écoute de ces aspects inconscients permet au médiateur de déployer de manière consciente son leadership. Son rayonnement, sa puissance, son aura, sont ainsi mis au service des médiés.

La médiation peut ainsi être pour le médiateur, une nouvelle opportunité de découverte, de connexion et d’accueil de son leadership, afin de pouvoir œuvrer depuis cet endroit au service du plus grand bien.

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Vincent, Dominique (2013). Au-delà des jeux de pouvoir : se connaître, se construire, agir. Gap: Le Souffle d’Or – p15

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IV Les Limites de la comparaison

1. Le«JeuduRoi»

Des éclairages ont pu être faits au travers du « Jeu du Roi » pour montrer l’influence du médiateur sur la médiation en fonction de son propre monde intérieur.

Néanmoins, le protocole utilisé pour la formation du « Jeu du Roi » n’est pas totalement transposable à une scène de médiation.

En effet, pour mettre en place un conseil dans un « Jeu du Roi », il est nécessaire d’avoir à minima une dizaine de personnes afin d’avoir la possibilité d’une bonne représentation des différents archétypes.

Une médiation, quant à elle, même si elle peut comporter de multiples protagonistes, a pour forme courante la présence de deux médiés.

Même si le « Jeu du Roi » permet d’illustrer l’impact du monde intérieur du médiateur sur la médiation, il n’est cependant pas possible actuellement d’associer le positionnement d’un médié avec tel ou tel archétype.

De même, il est attendu d’un Roi/Reine de trancher et de prendre position, ce qui n’est pas l’apanage du médiateur qui doit accompagner les médiés sans dicter de solution.

Il est à noter que cette approche de l’emploi des processus du « Jeu du Roi » à un niveau individuel reste d’actualité car il est un sujet d’étude porté par l’association nouvellement créée (afin d’inscrire le « Jeu du Roi » dans un format qui réponde aux demandes croissantes du marché).

2. La responsabilité/liberté individuelle

Dans cette étude, la médiation a été vue comme une scène d’exploration pour le médiateur, sur la connaissance de soi et la représentation de soi.

Le médiateur est ainsi placé dans une responsabilité individuelle face à ce qui va émerger de lui, découvrir de lui, ou encore explorer intérieurement au travers du contact des médiés et des conflits qui lui sont amenés.

Néanmoins, cela n’enlève en rien l’efficience d’un médiateur qui aborde la médiation comme un outil incroyable pour la résolution de conflits et qui se sent nourri des différents succès ou

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avancées qu’il aura pu obtenir, sans qu’il y ait de recherche particulière sur l’approfondissement de la connaissance de soi.

Sans négliger néanmoins le principe de supervision, chaque médiateur est libre et responsable d’exploiter ou pas ce qu’une scène de médiation peut faire émerger en lui au travers des médiés et du conflit.

La responsabilité individuelle prend également son sens au travers des médiés.

La médiation a été abordée comme pouvant offrir au médiateur une représentation d’une partie de son monde intérieur et de l’influence insufflée par celui-ci.

Cependant, chaque médié vient également avec son propre monde intérieur et ses propres intentions.

Chaque médié apporte ainsi son vécu, son contexte familial, culturel,…tous ces « invisibles » et cette sphère transpersonnelle qui l’influent durant la médiation.

Il peut également arriver qu’un médié ait décidé de fausser le jeu, mettant en péril la médiation.

Face à ce type de comportement, la responsabilité du médiateur n’est alors engagée que dans le fait de pouvoir ressentir et détecter ce qui se trame, et dans sa manière d’aborder ce contexte.

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V D’autreschampsd’explorationpossibles

1. Étude du cadre/de l’agencement idéal pour une médiation

Le « Jeu du Roi » a permis de mettre en lumière l’influence du cadre, de l’agencement et du positionnement au sein d’une pièce lors d’une médiation.
Au-delà des possibilités induites par un lieu donné et de l’aménagement créé par le médiateur, il pourrait être intéressant, en se basant sur l’influence qu’a cet aménagement, d’étudier quel serait l’aménagement idéal pour une médiation.

Tout comme le Feng-shui s’est implanté dans les foyers pour apporter équilibre et harmonie, la définition d’un agencement, répondant aux aspects fondamentaux d’une médiation, pourrait être un élément propice pour soutenir positivement le processus.

2. Étude des placements choisis ou donnés aux médiés

Tout comme évoqué ci-dessus, le « Jeu du Roi » a mis en avant l’influence que le médiateur a sur le cadre de la médiation en tant que scène de conseil de son « royaume intérieur ».
Les médiés se distribuent en fonction du script émanant de la personnalité du médiateur tout en y intégrant leur propre monde intérieur.
Lors des médiations, certains médiateurs choisissent le positionnement des médiés et d’autres préfèrent laisser le placement libre.
Une étude pourrait être menée afin d’explorer ces différents aspects :

Quelles sont les proportions de médiateurs choisissant ou pas le placement des médiés ?

 Pour les médiés choisissant leur place, quel est le positionnement par rapport au médiateur (gauche ou droite) pour le médié à l’origine de la demande de médiation par exemple? Ou selon le genre du médié ? Voire le type de conflit ?

De même, dans le cas où le médiateur choisit le placement des médiés, existe-t-il des récurrences à noter en fonction du genre des médiés, de leur état émotionnel, du tempérament pressenti de l’un ou de l’autre, de la présence d’avocats conseils, … ?

Au final, quelles seraient les raisons (conscientes et inconscientes) qui animent ces différents choix à la fois pour le médiateur et pour les médiés ?

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3. Analyse des archétypes préférentiellement utilisés par le médiateur

Si on reprend le principe énoncé au travers du « Jeu du Roi » que chaque personne est une combinaison de différents archétypes, il peut être intéressant d’étudier un panel de médiateurs afin de cartographier s’il existe, au-delà du propre monde induit par un médiateur donné, des émergences d’archétypes préférentiellement utilisés dans le champ de la médiation, voire même au sein des différentes phases du processus de médiation.

Cette étude resterait néanmoins caution de l’avancement de l’étude du protocole du « Jeu du Roi » adapté à l’individu.

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VI Témoignages

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Dans son ouvrage « La médiation pour tous »12, Béatrice Blohorn-Brenneur resitue les domaines d’application privilégiés du procès, de la thérapie et de la médiation.

Le thérapeute intervient de manière préférentielle sur des conflits relevant de la pathologie et le médiateur sur des conflits liés au relationnel.

Néanmoins, les frontières entre ces domaines ne sont pas totalement hermétiques.

Ainsi, des liens ont pu être faits entre le processus utilisé en médiation et ceux utilisés dans des stages de développement.

Il semblait donc opportun de recueillir à la fois le témoignage d’un médiateur et celui d’un thérapeute sur les différents thèmes abordés.

Jean-Philippe Magnen, élu politique et formateur sur le « Jeu du Roi », apporte quant à lui un témoignage poignant d’actualité dans le cadre d’une démarche d’alliance politique pour le second tour des élections régionales.

A noter :
 Les différents témoignages ont été récoltés avant tout partage du contenu du mémoire
 (*): Pour les partages d’expérience, la clause de confidentialité a bien entendu été de mise

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Blohorn-Brenneur, Béatrice (2013). La médiation pour tous. Saint-Quentin-en-Yvelines : Médias & Médiations – p32

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1. L’expérience d’un médiateur

Nom: Abraham Zeini
Parcours : Avocat, Médiateur, Formateur en médiation, Théâtre (Arts dramatiques), PNL Année d’expérience dans la médiation : plus de 15 ans

Question 1 – Le cadre:

Quelle importance accordez-vous au cadre et à la mise en scène d’une séance de médiation ?

Lorsque cela est possible, privilégiez-vous un cadre particulier pour les médiations (table ronde, tables en triangle, pas de table, chaise ou fauteuil, …)?

Dans une configuration donnée, en tant que médiateur, y a-t-il une place que vous privilégiez pour vous au sein de la salle ou de l’aménagement des places assises ?

Selon vous, quel est l’impact de cet aménagement sur le déroulement de la médiation ? Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

J’utilise de préférence des tables rondes et à défaut des tables rectangulaires.

J’adapte le positionnement de la scène de médiation et la distance entre les gens en fonction du contexte.

Dans les médiations commerciales, il est important d’avoir une certaine distance de par les enjeux et le contexte stratégique.

Pour les médiations familiales, je réduis la distance.

Question 2 – La neutralité:

Avez-vous déjà refusé une médiation car elle abordait un thème trop confrontant ou remettait en cause votre neutralité?

Que vous a enseigné la démarche de neutralité sur vous-même en tant que médiateur ? Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Je n’ai jamais refusé de médiation.

La neutralité est quelque chose de très complexe et en même temps, une notion fondamentale.

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Lors des médiations, il faut veiller à ne pas devenir le jouet des parties, qui envoient souvent à un moment donné des signaux pour faire des tentatives d’alliance avec le médiateur.

La neutralité est un jeu qui peut prendre plusieurs formes : positive, négative, passive, active,….

Au final, le médiateur, bien qu’il aimerait l’être, ne peut jamais être totalement neutre.

En effet, il n’est pas si évident de trouver la juste distance face à une femme en pleurs qui a beaucoup souffert. Il faut à la fois être avec elle dans le respect de ce qu’elle vit et à la fois être détaché. Le médiateur peut se sentir troublé mais doit l’être dans une juste limite par respect pour l’autre.

Il est, par ailleurs, important que les médiés ne soient pas impactés par un moment de déséquilibre de la part du médiateur. Il est important que ce dernier sache rapidement redresser la barre.

En médiation, il faut être toujours à la hauteur. On n’a pas droit à l’erreur. C’est pour cela que je travaille beaucoup sur la neutralité.

Question 3 – L’écoute active/le silence:

Quels sont pour vous les impacts les plus marquants sur la médiation/les médiés de l’écoute active et l’utilisation du silence ?

Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Le silence doit être fait spontanément pour ne pas créer de coupure dans une médiation. Il important que cela soit enseigné dans les formations.

Et même si une formation en tant que thérapeute, négociateur, avocat, … peut amener un certain formatage, il s’agit d’aller au-delà de ces systèmes, afin d’être soi-même, authentique et de savoir lâcher prise.

Le silence n’est pas une recette toute faite à appliquer.

La juste pratique du silence et de l’écoute active s’acquiert au travers de l’expérience et demande une vraie conscience du rythme.

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Question 4 – Le miroir:

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Existe-t-il selon vous une résonance entre les contextes amenés par les médiés et le monde intérieur du médiateur ?

Sur votre parcours de médiateur, avez-vous noté une prédominance de thématiques sur les médiations qui vont sont amenées ?

Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Selon moi, il faut transcender tout cela grâce à un travail sur soi.

Je n’ai pas ressenti ce genre de problématique car j’agis tout de suite. Dès que je sens qu’il y a une zone en moi qui peut représenter un danger, je m’y penche immédiatement.

Cela demande aussi beaucoup d’empathie et également d’être soi-même. De nouveau, la médiation ne laisse pas la place à la demi-mesure.

Il faut perpétuellement être dans l’excellence bien que cela puisse paraître exigent, et c’est vrai que je suis exigent envers moi-même lorsque je parle de médiation.

Cela peut sembler impossible et s’acquiert de nouveau grâce à de nombreuses années d’expérience.

Question 5 – Le pouvoir:

Si le pouvoir est vu dans le sens de leadership, en quoi le rôle de médiateur vous a renseigné sur votre style de leadership ?

Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Le médiateur n’a aucun pouvoir. Il se doit de mener avec intelligence, doigté et autorité le processus.

Je dirai en fait qu’il a un très grand pouvoir envers les médiés: celui de leur transmettre le pouvoir, et de les conduire et les exhorter à l’utiliser avec intelligence pour aller vers une solution commune.

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Question 6 – La posture:

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Quelle est votre posture dans le cadre d’une médiation (soin donné à l’assise, ton de la voix, gestuelle, vitesse du phrasé, respiration, regard,…) ?

Quel est pour vous le lien existant entre ce que vous êtes/ce qui émane de vous et votre style de médiation?

Quel est selon vous l’impact de votre posture sur les médiés/la médiation ? Auriez-vous une expérience de médiation à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

J’associe la posture à la conscience du rythme et c’est de ce rythme que tout va découler : la fluidité, la voix, les gestes, l’amplitude, la respiration.

Tout en étant dans l’empathie et alerte, il est ainsi possible de surmonter tous les obstacles qui peuvent se montrer dans une médiation.

Au travers de sa posture et du rythme créé, il faut que le médiateur réussisse à donner envie aux médiés d’écouter et attise leur intérêt en leur montrant qu’ils peuvent gagner l’un et l’autre en même temps.

Et si un des médiés fait preuve de résistance dans cette démarche, il est important que le médiateur le sente pour mettre fin à la médiation, faire un aparté.

Question 7 – Connaissance de soi:

Que vous ont offert comme prise de conscience et connaissance sur vous-même vos années de médiation ?

Si vous deviez citer une médiation qui vous a profondément appris sur vous-même, quelle serait-elle et pourquoi (*)?

Réponse :

Finalement, tous les jours sont des occasions pour la connaissance de soi.

Au fil des médiations, j’ai vu mon intuition se développer, il y a un réel éveil des sens : dans le visuel, le toucher, la connaissance des gens, l’écoute, la faculté à capter les mots qui se cachent derrière certaines paroles, la possibilité de voir quel est le cheminement actuel d’une personne et pouvoir l’aider à dépasser un blocage,…

Dans les voix, j’aime être particulièrement attentif au timbre, à l’articulation, au moment où la voix était pleine, claire, sonore, ….

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J’utilise aussi beaucoup envers les médiés l’ancrage au travers des gestes et du regard.

Ce que j’aime également dans la médiation, c’est la magie de la transformation.

Les médiés arrivent souvent dans un grand état de fermeture de par les représentations mentales qui se sont créées et qui les mettent en opposition à l’autre.

C’est au médiateur de trouver la clé de ces conflits intérieurs.

Je trouve cela magique de pouvoir assister à ces métamorphoses : voir des personnes changer, comprendre l’autre, accepter l’autre, regarder l’autre autrement.

Cela est magnifique de pouvoir assister à ces transformations qui s’opèrent, parfois au bout de seulement une trentaine de minutes de médiation.

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2. L’expérience d’un thérapeute

Nom: Dominique Vincent
Parcours : Thérapeute, superviseur de psychologues et de psychothérapeutes, animateur de groupes de développement personnel et de formation
Années d’expérience dans la thérapie: plus de 40 ans

Question 1 – Le cadre:

En tant qu’animateur du « Jeu du Roi », quelle est pour vous l’importance du cadre lors d’une réunion de travail ?

Depuis ce même angle de vue, si un médiateur est vu comme ayant le rôle du roi/reine, quel conseil donneriez-vous à celui-ci pour le positionnement de la scène de médiation et son propre placement ?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

La mise en place du cadre d’une réunion est d’une importance capitale et s’adresse autant au cadre physique, que relationnel par les protocoles de travail de groupe. Un troisième aspect généralement peu mis en valeur, est le cadre intérieur de l’animateur ou du médiateur.

Il y a le cadre matériel, la pièce, la disposition des meubles, les sièges, table ou pas, en cercle, en carré. Les personnes doivent se sentir le plus en sécurité possible en même temps qu’exposées à part égale. Des études très précises ont été faites à ce sujet que certains appellent la proxémie, une science à part entière. La proxémie tient compte des différences culturelles par rapport à l’occupation de l’espace par les personnes. Cette occupation, et le sens qui lui est donné, dépendent grandement des conditionnements culturels ainsi que de l’histoire personnelle de chacun. Il est bon d’en tenir compte en situation de médiation impliquant des gens de pays différents. Ainsi pour certains africains, une femme insulte un homme si elle le regarde directement dans les yeux. Pour eux également, plus vous êtes élevés dans la hiérarchie, plus vous devez savoir faire attendre les participants à une réunion que vous présiderez alors que d’autres, comme nous en France, diront que l’exactitude est la politesse des rois. Pour ces africains, je suppose qu’une des raisons cachées est de permettre aux participants à la réunion à mieux se préparer et à prendre conscience de l’importance de la rencontre. Les clignements d’yeux, mouvements des paupières, hochements de tête ont des sens très précis selon les pays. Certaines personnes ont besoin

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d’expression émotionnelle et de contact physique alors que d’autres ne le tolèrent pas.

Pour ma part, chaque fois que j’entre dans une pièce dans laquelle je vais intervenir avec un groupe, j’en fais le tour pour explorer mes ressentis de façon à me positionner à un endroit où je me sentirai davantage en sécurité. Par exemple, je ne dois avoir ni une porte d’entrée, ni une fenêtre dans mon dos. Attention à l’éclairage, tout le monde doit voir tout le monde, en particulier les expressions des visages. Donc, personne à contre-jour pour quelqu’un d’autre. Nous pouvons prendre comme exemple le modèle de la table ronde où chacun peut voir les autres dans un positionnement identique, ce qui est différent des tables rectangulaires que j’évite chaque fois que c’est possible…

Il y a le cadre donné par le médiateur sur les protocoles de prise de parole. Cela concerne par exemple le temps de parole alloué à chacun, la façon dont la parole circule, la non-interruption de celui qui parle, la courtoisie des propos, absence d’insultes… Cela est bien connu des médiateurs chevronnés.

Il ne faut pas oublier le cadre intérieur de l’animateur. Il s’agit entre autre de sa capacité à prendre de la distance, de la hauteur, par rapport aux personnes et aux enjeux de la réunion pour augmenter sa lucidité. Il doit vérifier en lui son intention de win-win pour tous les interlocuteurs, sa détermination et sa capacité à tenir compte de toutes les personnes et de toutes les implications de la problématique, sa bienveillance et son acceptation de tout ce qui est stimulé en lui dans son monde émotionnel, et cela en temps réel. Un médiateur peut même être partie prenante du conflit en autant qu’il ait développé une méta-compétence précieuse, celle de se mettre avec sympathie dans la peau de ses adversaires. Pas pour gagner sur l’autre mais pour le comprendre de l’intérieur et l’aider au mieux à se clarifier. Le médiateur mature sait que personne n’a rien à gagner à écraser son adversaire et que parfois il faut même l’aider à exprimer ses arguments contre lui avec le plus de force et de lucidité possible.

La formation du Jeu du Roi/Reine met en valeur les trois niveaux impliqués, physique, relationnel et intérieur de toute dynamique de groupe, des multiples résonnances entre eux et de la nécessité de cohérence et de congruence mutuels. Cela tant dans le monde interne de chacun comme pour le groupe lui-même qui devient une entité à part entière. En fait, pour la formation des leaders, managers et médiateurs, nous utilisons trois séminaires techniquement très différents, le séminaire « Qui suis-je ? » pour l’alignement intérieur et la centration, la

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JDRR : Jeu du Roi/Reine

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rencontre avec l’enfant intérieur pour la mise en évidence, la compréhension et le processing des émotions que le médiateur doit mettre au travail en lui et dans le groupe, et le Jeu du Roi/Reine pour la mise en cohérence des trois niveaux cités ci-dessus et leur éclairage mutuel et pour comprendre les processus continuels en cause de transfert, projection et dream-up.

Le positionnement d’un médiateur n’est pas complètement identique à celui du roi dans le JDDR car il doit savoir se mettre plus clairement en retrait pour faciliter l’émergence du véritable pouvoir de chacun des participants. Ce n’est pas à lui de prendre les décisions. D’autre part, il doit être en capacité de réagir et/ou de s’imposer si nécessaire. Il doit savoir s’avancer et se retirer continuellement. Cela n’est possible pour lui que s’il a dépassé ses enjeux personnels quant à détenir le pouvoir. La position du médiateur est davantage celle de l’animateur-formateur que celle du roi lors du psychodrame le JDRR13. Il est un pédagogue qui sait occuper différents rôle selon le besoins du moment : enseignant, guerrier, sage, humoriste….

Je peux difficilement donner un exemple particulier tant ce que je viens d’expliquer est le fondement même de toute ma pratique d’intervention et de formation auprès de groupes et de personnes. Plus que cela, c’est le respect de ces cadres qui anime la totalité de ma vie, professionnelle bien sûre, mais aussi familiale, amoureuse… Sentir ce qui se passe quand je change de lieu, quand je me déplace dans une pièce, quand je suis en face ou à côté de telle ou telle personne, me repositionner continuellement selon les émergences dans le champ…

Pour illustrer mes dire, je viens de recevoir le témoignage d’un médiateur qui vient de jouer un rôle important dans une négociation concernant la fusion de listes électorales de deux partis pour les dernières élections. Je rapporte ses mots : « En tant que médiateur, j’ai pu pacifier par ma présence. Je suis resté aligné, j’ai gardé le recul nécessaire. A certains moments je me suis senti en état de méditation les yeux ouverts. A un moment précis, j’ai éprouvé une impulsion dans tout mon corps : Tranche ! Les mots qui ont alors jailli de moi ont été le moment déterminant de la négociation, chacun ressentant que c’était bien là qu’il fallait en venir. J’ai pu jouer ce rôle de médiation accepté par les deux parties alors que j’étais moi- même membre d’une de ces parties, parce que j’ai réussi à percevoir de l’intérieur les positionnements de chacun et que j’ai profondément désiré que tout le monde gagne. J’ai pu me rendre compte sur le vif la pertinence de ma formation du Jeu du Roi/Reine. »

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Question 2 – La neutralité:

Dans le processus de médiation, la neutralité est un élément clé porté par le médiateur et qui est par ailleurs partagé avec la démarche de thérapie.

En tant que thérapeute, que vous a enseigné sur vous-même la recherche de neutralité? Quel est selon vous l’impact de cette démarche sur autrui ?
Comment avez-vous accueilli les cas où votre neutralité était en danger ?
Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Pour rester neutre, il faut être suffisamment en paix avec soi-même. D’ailleurs, la neutralité seule n’est pas suffisante. Il faut une bienveillance fondamentale qui est enracinée dans l’écoute et la compréhension des traumatismes des personnes impliquées derrière leurs comportements qui peuvent être particulièrement impossibles à supporter. Des recherches actuelles montrent que le degré de cohérence cardiaque d’une personne détermine pour une grande part l’ambiance de sécurité qui se dégage autour d’elle et permet l’acceptation de toutes les parties nécessaire au règlement du conflit en cours. Le médiateur doit être un maître en cohérence cardiaque. Cela commence par une neutralité bienveillante envers soi- même. La véritable neutralité n’est possible que quand j’accepte mes réactions émotionnelles subtiles – (qu’elles soient positives ou négatives) – que je les vois et que je ne les laisse pas me jouer. Cela signifie qu’il me faut travailler mes ressentis pour développer une neutralité bienveillante envers tous. La recherche de neutralité bien comprise mène à l’amour de soi et des autres. Cette neutralité bienveillante est une des conditions fondamentales pour créer la confiance de tous les protagonistes. Si elle n’est pas présente ou seulement feinte, vous allez dans le mur en tant que médiateur.

Oui, en tant que thérapeute et en tant que médiateur, notre neutralité est continuellement en jeu. Quand je sens ma neutralité en danger, je dois savoir passer la main et me mettre en mode travail interne. C’est pour cela qu’il est important de travailler en tandem. L’autre prend le lead quand il me sent en difficulté et je fais la même chose quand c’est lui qui est ébranlé. Je dois écouter, identifier, accueillir et processer ce qui surgit en moi comme la peur, la frustration ou la colère, par rapport à l’un ou l’autre des protagonistes. Quand cela est fait, je réintègre psychologiquement le groupe. Il est particulièrement difficile dans le feu de l’action de mettre à jour mes propres contretransferts, projections, et ce que je peux induire par le

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De la médiation au « Qui suis-je »

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phénomène de dream-up. C’est pour cela que le travail en amont est si important, travail en profondeur sur soi, thérapie, mise en cohérence cardiaque, méditation, compréhension des blessures et des traumatismes derrière les comportements, à commencer par les miens…

Question 3 – L’écoute active/le silence:

Dans le séminaire du « Qui suis-je », l’écoute active pour le récepteur au sein de l’échange à deux, est fondamentale, tout comme l’est le silence, partie intégrante du reste du stage.

Quels sont pour vous les impacts les plus marquants que peuvent avoir l’écoute active et le silence (à la fois pour celui qui la personne qui emploie cela et la personne qui lui fait face)?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Dans le cadre du séminaire « Qui suis-je ? », on ne peut pas vraiment parler d’écoute active car celui qui écoute ne fait absolument rien. C’est une écoute gratuite, une pure bienveillance sans aucune pression interne causée par un désir de trouver le meilleur moyen d’aider l’autre, ni même la pensée que l’autre doive changer. Je peux définir cette écoute simplement par le mot présence. Paradoxalement, cette présence n’est pas non plus passive, elle est opérante. Je la qualifie d’irradiante. Elle agit sur l’autre en créant un champ dans lequel l’autre est invité à être simplement lui-même. Ce champ a été bien exploré par les recherches de Rollin McCraty, Ph.d. de l’ « Institute of Heartmath » sur la cohérence cardiaque. Ce champ est émis justement par la présence silencieuse au niveau du cœur. Les variations de ce champ et la cohérence interne de ses ondes sont mesurables et analysables avec les techniques informatiques actuelles.

Pour la personne qui parle, le plus marquant est souvent de découvrir qu’elle a beaucoup à exprimer et d’y arriver. Le non jugement, le fait d’être écouté sans être coupé, interprété, commenté, permet une nouvelle possibilité de se regarder, de se reconnaître, de se dire. J’ai en mémoire quelqu’un qui avait la croyance profonde, confirmée bien sûr par sa femme, qu’il n’était pas capable de dire, qu’il ne s’exprimait jamais. Très surpris, Il a peu à peu découvert au cours des trois jours, qu’il avait énormément de plaisir chaque fois que son tour de parole arrivait…

L’impact du silence pour celui qui écoute est fabuleux : se retenir de répondre, prendre le temps de ressentir la frustration, apprendre à écouter ce qui se passe en soi, réaliser combien

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l’autre peut être profondément différent de moi, ou très proche, se sentir capable de l’entendre en n’étant ni en accord avec lui, ni en position de vouloir le changer ou de lui faire la morale. Le premier effet de l’écoute silencieuse bienveillante est en premier lieu de transformer l’écoutant lui-même. Heure après heure, il se sent devenir plus humain et entre dans un espace de bienêtre profond. Comme il n’a aucune préoccupation particulière, la compréhension de ce que dit l’autre est de plus en plus claire et lucide et lui fait prendre conscience des projections et jugements qu’il porte continuellement sur les autres et qui obscurcissent son regard. De son côté, celui qui est écouté sans interférence a beaucoup plus de latitude pour ressentir ses émotions et pour élaborer sa pensée. Ce type d’écoute est extrêmement rare et l’expérimenter est souvent une totale découverte. Les partenaires apprennent une nouvelle manière de communiquer tellement riche et satisfaisante qu’ils s’en souviendront toute leur vie.

Encore à propos du silence : au cours des dyades et pendant les autres activités du séminaire, l’impact le plus marquant est, pour beaucoup, la réalisation de l’impossibilité qu’ils vivent au quotidien d’exister sans se pencher vers autrui pour lui donner quelque chose, le transformer… Le retour à soi est une expérience extraordinaire quand quelqu’un n’a pas été reconnu dans l’enfance. Par exemple, au moment des repas, ne pas proposer d’eau ou passer le sel à son voisin pour ne pas interférer dans sa recherche intérieure, peut être extrêmement douloureux à vivre, comme une perte d’existence… mais cela ramène à la conscience de ce qui se joue continuellement dans la vie de tous les jours. N’existons-nous qu’au travers de l’autre ?

Le silence en dehors du travail à deux pendant les autres activités du séminaire permet de continuer de porter son regard à l’intérieur de soi, de reconnaître et d’observer le jaillissement perpétuel des sensations, émotions et pensées en résonnance avec les changements, perpétuels eux aussi, de notre environnement. C’est ce qui constitue notre vie intérieure et ce qui fait l’intérêt et le charme de notre existence humaine. Ce silence conduit peu à peu vers notre essence la plus profonde.

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Question 4 – Le miroir:

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Dans le « Jeu du Roi », le thème du miroir est très présent.

Dans un contexte de médiation, quel type de résonance pourrait selon vous exister entre les contextes amenés par les médiés et le monde intérieur du médiateur ?

Sur votre parcours de thérapeute, avez-vous noté par exemple une prédominance de thématiques des thèmes qui vont sont amenés en réponse à votre propre monde intérieur ?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Le phénomène de miroir n’est pas suffisant pour expliquer ce qui se passe. Je dirais plutôt qu’il y a mise en acte du monde interne du médiateur par les médiés. Quel que soit le sujet du conflit, le monde interne du médiateur est un des facteurs clés du succès de la médiation. Quand le médiateur est en paix avec toutes les parties de lui-même, les médiés vont avoir une tendance profonde à se mettre en paix entre eux. Dès que l’une des parties résonne avec une partie non acceptée du monde intérieur du médiateur, le phénomène de médiation a tendance à bloquer. Le médiateur qui constate un tel blocage, doit se mettre en travail interne jusqu’à ce qu’il découvre quelle partie de lui est en résonnance avec ce qui se passe dans la médiation. Une fois ce travail fait, le processus de médiation peut souvent se remettre en marche.

Je me souviens de cette séance de couple où je ne pouvais supporter la manière dont la femme manipulait son mari en se positionnant en victime larmoyante pour éviter de se remettre en cause. Il m’a fallu revisiter la manière dont ma mère manipulait mari et enfants, et aussi la manière dont mon ex-compagne réussissait à me faire craquer et à me faire dévier de mon chemin en étant jouée par sa petite fille blessée. J’avais donc tendance à prendre le parti de l’homme au lieu de rester ouvert à l’ensemble des éléments apportés par l’un et l’autre.

Je suis né pendant la deuxième guerre mondiale. Pour leur part, mes parents croyaient en la vertu des punitions physiques particulièrement violentes. C’est sans surprise que beaucoup de mes clients viennent travailler avec moi sur le type de problématiques dues à ce genre de blessures : traumatismes personnels ou familiaux liés à des situations de guerre, colères, impossibilité de se positionner, refus du conflit, croyances que la vie sans violence est impossible, que les relations de couples ne peuvent exister qu’avec des conflits, qu’ils seront toujours écrasés… Egalement, comme je pratique différentes formes de méditations et de travail sur moi qui proviennent de plusieurs traditions, des personnes de cultures et d’origines

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ethniques variées sont amenées à me contacter. Je me demande souvent ce que mes clients sont en train de dire de mon monde interne, particulièrement de ce je pourrais désirer maintenir dans mon inconscient parce que trop douloureux, ou trop éloigné de mes conceptions de la vie, de mes croyances. Ce qui est refoulé en nous est évidemment ce qui est le plus difficile à ramener à la mémoire consciente. Et c’est dans ses parties refoulées que le médiateur entre dangereusement en résonnance avec les éléments les plus noirs du monde interne des médiés.

Question 5 – Le pouvoir:

Le « Jeu du Roi » a pour sous-titre : Oser être : développez votre leadership naturel avec « Le Jeu du Roi/Reine ».

Selon vous, en quoi le médiateur peut-il être renseigné sur son style de leadership au sein d’une médiation ?

Réponse :

Pour le médiateur, la médiation est un apprentissage continuel sur son monde intérieur et non sur son style de leadership, ce qui serait assez superficiel. Il doit considérer l’hypothèse que la médiation en cours puisse être la mise en acte et le révélateur de ses propres scénarios plus ou moins conscients et répétitifs. Il a alors une chance de les reconnaître, de les intégrer et de les transformer en toute conscience. Dès qu’il ressent la moindre charge émotionnelle, cela lui signifie qu’il doit s’interroger sans complaisance. Il doit reconnaître les résonnances en lui, des parties en conflit devant lui. Plus ses séances de médiation deviennent fluides et réussies, plus cela manifeste qu’il est sur la voie d’une intégration profonde, sur la voie de la réalisation de son potentiel d’humanité.

Je me souviens de ce médiateur en entreprise en échec professionnel qui a participé à une formation complète du Jeu du Roi/Reine. Trop souvent et cela malgré toute ses bonnes intentions conscientes, il laissait l’entreprise derrière lui après son intervention dans un état de conflit très spécifiques : une partie des employés qui réussit à se réconcilier avec la direction et l’autre partie des employés en conflit contre ceux qui s’accordent avec la direction. Cela s’est déroulé systématiquement au cours des jeux au cours desquels il est monté sur le trône jusqu’à ce qu’il découvre qu’il rejouait sans cesse son scénario familial de base : la fratrie entrait régulièrement en conflit de rivalité pour obtenir l’attention et les gratifications du père.

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Question 6 – La posture:

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Quel est selon vous l’impact de la posture (soin donné à l’assise, ton de la voix, gestuelle, vitesse du phrasé, respiration, regard,…) sur la tenue d’une réunion ?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Pour qu’il y ait un impact positif sur un groupe de toute tentative d’ajustement de la posture physique de son leader, il faut qu’il y ait cohérence entre la posture interne et la posture physique. Si cette cohérence n’existe pas, l’effort même d’ajustement postural sera immédiatement vu et senti comme un manque de congruence et créera un malaise profond – souvent peu conscient, mais bien présent – pour les participants à la réunion, avec un rejet, ou tout au moins une difficulté d’acceptation, de la personne du leader ou du médiateur et de ses propositions. Le Jeu du Roi/Reine met continuellement cela en valeur, par exemple quand la personne qui monte sur le trône affirme que tout va bien, alors qu’en réalité, elle est morte de peur. Je me souviens d’une femme qui commence son jeu en affirmant combien elle veut créer un royaume bienveillant où tout le monde peut s’exprimer librement. Mais elle le dit sur un ton menaçant dans un discours fleuve qui prend presque toute la durée de son passage sur le trône.

Il y a une résonnance continuelle entre la posture du leader et la disposition des personnes dans la pièce. Cette disposition des personnes par rapport au médiateur, au président de séance, conférencier ou autre, a un impact très important sur celui-ci quant à son ressenti d’équilibre physique et émotionnel et même à son processus de pensée. Comment un conférencier se sent-il quand la salle est à moitié pleine avec tous les auditeurs au fond ? Si les auditeurs viennent tous se positionner sur les premières rangées, le conférencier délivrera certainement un bien meilleur discours que s’ils restent au fond. Cela joue un rôle important dans le déroulé des JDRR. Il nous est apparu de plus en plus important de terminer chaque psychodrame après le débriefing par la disposition la plus équilibré possible avec un nombre égal de participants dans chacun des archétypes. De la même manière toute séance de médiation devrait se terminer par une disposition quelque peu rituelle et solennelle avec chacune des parties représentée de façon digne et équilibrée pour la signature finale de l’accord. Cela s’inscrit dans la symbolique du cerveau et donne plus de chance pour le respect de cet accord. Dans le JDRR, le moment où les participants se placent de façon équilibrée, le roi ou la reine a tendance à se redresser et à se sentir confortable sur le trône. Il y a un réajustement automatique de sa posture, intérieure et extérieure. Egalement, quand un roi ou

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une reine se recentre et se redresse sur son siège, tout le groupe a tendance à se recentrer et à se redresser.

Ma partenaire et moi, nous avons découvert et mis en valeur dans nos formations, que de diriger la présence intérieure sur l’une ou l’autre des parties du corps, par exemple les pieds, l’abdomen ou le cœur, modifiait le ton de la voix, la force d’adhésion et même le contenu du message, qu’un leader donne à son groupe. Pour un médiateur, le seul fait d’être bien ancré, de respirer librement dans son abdomen et dans sa poitrine, d’avoir la tête bien posée sur ses épaules pour bénéficier d’une vue panoramique et pour regarder ses interlocuteurs dans les yeux, modifie les paramètres d’une médiation, l’élaboration et le contenu des propositions et finalement l’issue des négociations.

Question 7 – Connaissance de soi:

Tout comme un médiateur, en tant que thérapeute, vous êtes particulièrement en contact avec des personnes qui vous amènent des problématiques personnelles, des conflits.

Au travers de cela, que vous ont offert comme prise de conscience et connaissance sur vous- même vos années d’expérience en tant que thérapeute, animateur de groupe et formateur?

Réponse :

Je découvre et met en œuvre en moi un mariage délicat entre deux attitudes apparemment opposées et en fait complémentaires : d’une part accueillir sans anticipation ce qui vient, ce cœur vide, donc disponible, dont parlent certaines écoles de sagesse, et d’autre part développer la vigilance du guerrier prêt à bondir pour l’action, acceptation du surgissement.

Je vis la nécessité de me considérer toujours comme un débutant, attentif à accueillir patiemment toutes les manifestations de la vie qui s’exprime. Plus qu’une prise de conscience ou une connaissance de moi-même, il me semble qu’avec l’expérience, je me dépose de plus en plus profondément en moi-même en acceptant d’être souvent dans l’ignorance absolue de ce qui va émerger comme émotions ou propositions de la part des participants. Le principal obstacle à la médiation est souvent le médiateur. L’obstacle au déroulement d’une thérapie est souvent le thérapeute, même dans sa volonté d’aider. Cela ne signifie pas qu’il faille se culpabiliser devant des échecs. Il y a des médiations impossibles et des personnes qui sont dans de tels processus de destruction qu’elles nous interdisent de les aider alors même qu’elle nous demande de l’aide. Je m’interroge continuellement sur les résonnances et

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répétitions entre les scénarios de mon monde interne et ce qui se déroule devant mes yeux quand je prends la responsabilité d’aider. Je sais de plus en plus que je suis le monde et qu’aucune des passions, des stratégies, des violences, mais aussi des amours et des tendresses, des créations et des renouveaux qui animent les humains, ne me sont vraiment étrangères. Je donne de la place en moi au monde qui souffre et je choisis d’être de ceux qui travaillent à sa guérison. Cela sans me fixer de limite et sans délire de toute-puissance.

Le plus grand bénéfice de ces quarante années de pratique professionnelle est de développer une écoute constante de ce qui se passe en moi, de mes ressentis les plus intimes qui me guident à tout moment. C’est la voie du guerrier, du Samouraï qui ne doit sa survie qu’à sa vigilance. En complémentaire à cette affirmation, ce travail m’amène à faire l’expérience de l’empathie, à développer ma capacité de tendresse et de respect pour toutes les expressions de la vie sur cette terre.

Si vous deviez citer un de ces contextes qui vous a profondément appris sur vous-même, quel serait-il et pourquoi (*)?

Ces contextes sont multiples. Chaque séance de groupe, chaque séance de thérapie individuelle peut devenir une expérience d’enrichissement pour tous les acteurs. La situation qui me met le plus sur la voie du guerrier pacifique et bienveillant, est sans conteste celle de l’animation des séminaires « qui suis-je ? » au cours desquels il faut demeurer en vigilance vingt-quatre sur vingt-quatre pendant trois jours. Cela m’enseigne la confiance en la réponse spontanée à l’imprévisible surgissant des processus en cours. Cette confiance n’est jamais complètement acquise et doit se renouveler dans la vigilance de l’instant, de tout instant. La situation la plus dramatique : un participant au « Qui suis-je ? » qui n’en peut plus, se rue sur moi en brandissant une chaise. Je lui ouvre mes bras dans un sentiment inattendu d’accueil bienveillant. La chaise me passe au-dessus de la tête et cet homme me tombe dans les bras où il peut pleurer une détresse qu’il portait depuis son enfance.

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Les propos de Jean Philippe Magnen ont été recueillis par téléphone. La contextualisation a été rajoutée lors de la mise par écrits de l’échange pour certains thèmes.

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3. L’expérience d’un élu politique14

Nom: Jean Philippe Magnen

Parcours : Psychothérapeute Gestalt, élu politique depuis plus de 15 ans pour la ville de Nantes et la région Pays de Loire, formateur sur le « Jeu du Roi » et accompagnateur de décideurs

Contexte: en vue du second tour des élections régionales à venir (13 décembre 2015), mise en place d’une alliance entre les Ecologistes et les Socialistes, avec en sujet de fond l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes sur Nantes. Jean Philippe Magnen y est intervenu en tant que représentant de la candidate tête de liste des Ecologistes.

La négociation s’est faite dans la nuit de dimanche à lundi et a duré plus 18 heures dans des conditions difficiles de par les tensions et le manque de sommeil.

La posture, le cadre et le silence:

J’étais représentant pour la personne en tête de liste pour les Ecologistes.

Je n’avais pas en tant que telle une position de médiateur et connaissais par ailleurs plusieurs personnes à la fois du camp des Verts et du camp Socialiste.

Et en même temps, j’ai senti un ancrage qui me permettait d’avoir une position au-dessus des rapports de clivage entre ces deux camps pour aller vers un consensus.

Pour reprendre les archétypes du « Jeu du Roi », je me suis senti à la fois Guerrier puis Sage. Je suis passé par plusieurs états d’Être durant toute la nuit.

Je suis resté en silence au milieu de la fatigue et des vociférations de certains perturbateurs.

Depuis cette présence méditative et ce silence, j’ai pu observer ces perturbateurs, dans les deux camps d’ailleurs, comme faisant partie de l’écosystème et sans subir de contagion de leurs excès de zèle.

J’ai aussi ainsi pu identifier les personnes sur qui m’appuyer.

Même dans cette posture de silence, je communiquais finalement beaucoup au travers du regard. Et mes ressentis au travers de ces échanges visuels m’ont particulièrement guidé pour à chaque fois refixer l’axe de la négociation. Cela fait pour moi particulièrement lien avec la posture qu’on retrouve dans le « Jeu du Roi ».

Aussi, je me suis, consciemment, toujours assis au centre, en face de l’autre leader

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représentant le candidat tête de liste Socialiste.

Le pouvoir :

Je parlerais ici des prises d’initiatives.

Au sein des personnes présentes pour les deux listes, il y avait deux leaders : celui qui représentait la personne tête de liste des Socialistes et moi-même en tant que représentant de la candidate de la liste Europe Ecologie.

Les deux personnes têtes de liste n’ont finalement été que très peu présentes durant l’ensemble des négociations.

J’ai pris, à certains moments, l’initiative de casser les codes de la négociation, en allant parler directement au candidat tête de la liste adverse (qui bien s’avère par ailleurs être un ami) pour lui donner l’état d’avancement dans lequel j’étais et nous étions.

Je n’y avais aucun intérêt personnel, d’autant plus que je me retire dans quelques jours de la vie politique pour davantage développer le « Jeu du Roi » et mon activité de coaching de décideurs. Je sentais que cela était juste de par mon alignement à ce moment-là.

Savoir ne pas confondre l’intime et le social peut paradoxalement parfois permettre que l’intime permette régler le social.

D’ailleurs, étonnamment, l’entretien que nous avons là, se fait tout juste après avoir reçu l’appel de cet ami, tête de liste Socialiste. Bien que du camp adverse, il souhaitait me remercier d’avoir été là, de la visibilité que j’ai donné aux échanges et pour l’axe que j’ai su garder. Selon lui, ils n’auraient pas pu en arriver là sans ma présence.

Je n’ai pas reçu cela comme de la flatterie et ai avant tout vu l’impact que la justesse d’un leadership pouvait avoir sur l’ensemble d’un groupe.

Je rajouterais aussi que j’ai souvent parlé en politique de « coopération conflictuelle » bien que cette formulation ait été peu comprise. Cela souligne pour moi, d’une part, l’aspect collectif dans la réalisation d’un projet et d’autre part, que les consensus mous ne mènent à rien. Le conflit donne de la vie et représente quelque chose de très constructif.

La neutralité :

Je n’ai pas l’impression d’avoir été neutre.

Je me suis tenu à ma feuille de route en tant que représentant de la candidate Ecologie et je parlerais donc ici plus de justesse dans le positionnement.

D’ailleurs avec l’expérience, j’ai appris que le leadership était dans la non-neutralité.
Je peux dire néanmoins que j’ai été, dans ce contexte particulier, un médiateur relationnel et

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un facilitateur.

Quels autres éléments ont pu faire la différence ?

Je réalise que les techniques de respiration et de médiation les yeux ouverts ont été clé pour conserver la clarté nécessaire dans ce contexte tendu et pour ne pas me laisser happer par les comportements que peuvent induire le manque de sommeil.

En effet, je n’avais pu dormir que 2 heures sur les 36 dernières heures.

Ce que vous avez découvert sur vous dans ce contexte particulier?

J’ai vu à quel point le fait d’être aligné me permettait d’être dans ma puissance et que la puissance ne passait pas forcément par la parole mais était davantage une question de posture.

J’étais dans un état d’être qui n’engendrait aucune fatigue et me rendait au contraire plus lucide.

J’ai aussi découvert que cette puissance pouvait s’exprimer au travers d’un leader plus en retrait.

En effet, en tant qu’homme politique, j’ai souvent occupé la place de leader mais j’ai réalisé au milieu de ces négociations complexes du weekend dernier, la transition qui s’était réalisée pour moi : je ne sentais plus le besoin de prouver quoique soit en tant que leader. J’ai vu en quoi un leader éclairé pouvait finalement induire une forme de retenue.

Et je suis fier de pouvoir amener cette expérience aux futurs décideurs que je vais accompagner.

Mes participations à plusieurs reprises au « Jeu du Roi » et au séminaire du « Qui suis-je ? » ont également beaucoup contribué à changer mon rapport au politique.

Le résultat :

Une alliance a pu être mise en place pour le second tour des Régionales, portée par le candidat socialiste.

A l’annonce des résultats à venir de dimanche, s’il y a victoire de la liste socialiste, bien qu’il s’agisse du camp adverse, je me sentirai également nourri de cette victoire qui illustre le sens collectif.

Je rajouterai qu’il y a peu de médiations dans le monde politique, on parle surtout de

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négociations.

Mon expérience m’a montré que d’amener la médiation dans le domaine politique fait clairement sens.

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VII Conclusion

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La médiation est un processus qui peut amener des parties en conflits à trouver des solutions, de l’apaisement, voire un début de cheminement vers une éventuelle pacification.

En positionnant cette fois le focus sur le médiateur, la médiation a été présentée comme une occasion de développer sa connaissance de soi: découvrir le monde qui émane de lui, être renseigné sur lui-même, ses modes de fonctionnement et pouvoir transformer cela.

Cela demande de continuellement voir en l’autre, une opportunité de se découvrir soi-même et ainsi pouvoir mettre cette version de soi, de plus en plus authentique, au service du plus grand bien.

Le rôle de médiateur ne résume donc pas à la connaissance et à l’application d’un processus.

Sans retirer l’importance clé de ce processus, l’humain, dans sa diversité, sa pluralité, sa complexité, sa beauté, sa labilité, reste donc au cœur de la médiation.

Et au final, quelque soit l’endroit d’où est positionné le focus, la médiation peut être vue telle que l’a abordé Jacqueline Morineau comme un « rituel de transformation »15.

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15

Morineau, Jacqueline (2014). L’esprit de la médiation. Toulouse : Erès – p123

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VIII Annexes
Annexe 1 : Formation « Le Jeu du Roi »

Oser être : développez votre leadership naturel avec « Le Jeu du Roi/Reine ».

Formation pour la vie personnelle et professionnelle

Cette formation vous aide à découvrir votre vraie personnalité, à actualiser votre potentiel, à reconnaître votre droit au succès et au bonheur. Elle concerne autant le monde de vos relations personnelles que professionnelles. Vous dépassez vos croyances limitantes. Vous réalisez en temps réel l’impact que vous avez sur les autres, en particulier sur les groupes de personnes dont vous êtes responsables. Vous découvrez comment motiver une équipe autour de vous grâce à l’acceptation des émotions et des scénarios de chacun, des vôtres en premier lieu.

Plus nous montons dans la hiérarchie, plus nous prenons de responsabilités, plus nous avons besoin de nous appuyer sur des valeurs humaines fondamentales. Je me suis demandé comment faire passer les acquis de la méditation et du développement personnel dans le domaine des associations, de l’entreprise et de la politique ? Est-il possible d’établir un plan de carrière, de jouer de tout son pouvoir et d’avoir du succès en s’appuyant sur des valeurs de lucidité, de courage, de sérénité, de non attachement et même de compassion ?

Cette formation vous fera progresser dans votre capacité à rassembler et à animer des équipes. Elle vous aidera à prendre des décisions de façon plus sûre, plus juste et plus humaine. Elle vous apprendra comment rester centré, vertical, et à ne plus vous laisser drainer par des jeux de pouvoir inutiles et stériles. Le bénéfice principal de ce programme vient du fait qu’il vous offre des situations où vous pouvez en direct voir le fonctionnement de votre monde interne et de son effet sur les personnes autour de vous. C’est un outil exigeant et majeur de connaissance de soi.

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Annexe 2 : Le Jeu du Roi

Réflexions d’orientation Jeu du Roi/Reine rentrée

Le modèle archétypal du JDRR (Jeu du Roi/Reine), met en valeur une structure dynamique de la personnalité en relation avec la structure dynamique du fonctionnement des groupes humains, de l’humanité toute entière et peut-être même de l’univers dans son ensemble, selon les hypothèses fractales et holographiques de la réalité. Ce modèle du JDRR se modifie et s’affine continuellement grâce à la pratique et à la réflexion de tous ceux qui l’utilisent. Pour en rappeler les fondamentaux, disons que tout émerge en nous d’une source mystérieuse qui se manifeste continuellement dans les perceptions de notre corps, nos émotions, nos pensées, les situations que nous rencontrons dans la vie moment par moment, et notre façon d’y répondre. Au cours des jeux, cette source s’est imposée peu à peu comme la réalité archétypale fondamentale en rapport avec l’inconscient freudien, puis l’ombre de Jung, l’inconnu du Jeu… Maintenant j’ai envie de l’appeler tout simplement la Source ou le vide, le néant de Sartre ou de la physique quantique, d’où tout émerge, information et énergie. Cela émerge d’abord sous forme de ressentis, de malaises ou d’impulsions vitales, souvent sous forme de rêves nocturnes ou éveillés. Cela rejoint la compréhension des peuples chamaniques pour qui rien n’existe qui n’ait été rêvé.

Ce qui émerge en nous comme dans les groupes va trouver forme et action spécifique selon quatre grande figures archétypales, elles-mêmes distribuées selon les fonctions yin et yang des cerveaux droit et gauche. Vous avez appris à les connaître et à les expérimenter, le bâtisseur, le guerrier, l’artiste, le sage. Accepter pleinement et intensément tous ces archétypes en nous représente une dynamique d’intégration jamais complètement achevée, car c’est la dynamique de la vie elle-même. L’accepter c’est prendre peu à peu la posture du roi ou de la reine que, selon la terminologie de Jung, on peut appeler le Soi. C’est l’archétype de la personne intégrée ou, de l’intégration vers laquelle nous tendons. De la Source au Soi se déroule le chemin de vie. On pourrait dire, de Dieu à Dieu. Mais pour que, de la Source, puisse couler une eau claire, une eau cristalline, il nous faut la nettoyer de tout ce qui l’encombre, la ternit, de tout ce que nous avons dû individuellement et socialement, refouler et occulter, nos traumatismes, nos souffrances cachées, voire nos perversions et nos culpabilités pour ce à quoi nous avons participé, pour ce dont nous avons été ou sommes encore complices, qui répète, qui perpétue, ou qui augmente même, la souffrance sur cette terre, celle des autres comme la nôtre.

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Les artistes mettent en valeur ce qui se passe dans le royaume, les souffrances et les rêves, les désespoirs et les ouvertures, les voies possibles de transformation. Je vous invite à vous souvenir, peut-être à découvrir ou à regarder de nouveau des films comme Baraka, Home, Human, Timbuctu, Quête de sens… Former des leaders dans et pour le monde actuel demande la perspective la plus large possible, une perspective qui touche nos cœurs et nos tripes. J’aime la vision des indiens Kogis qui considère que pour prendre une décision éclairée, il faut prendre en compte les effets qu’elle peut entraîner même à l’autre bout de la terre. Cette prise en compte demande la considération d’éléments objectifs, écologiques, économiques, sociaux. Elle demande aussi de méditer et de se centrer dans notre cœur, là où s’élabore un état de cohérence dans notre monde intérieur précurseur et facteur de cohérence autour de nous.

Ce qui suit a été alimenté par une discussion que j’ai eue avec Pascal Legoas qui a participé deux fois à la formation complète et qui œuvre dans le domaine sociale dans la région de Nantes après avoir suivi une carrière dans le monde de l’entreprise.

Dans la situation actuelle, comment apporter des solutions qui soient « entendables » par le commun des mortels ? Dès que nous parlons de spiritualité ou de méditation dans la formation au leadership ou dans le coaching en entreprise, nous risquons de déclencher toutes sortes de jugements et de résistances. Cependant les mentalités changent et il semble de plus en plus acceptable de parler de quête de sens, de spiritualité, de bouddhisme laïque, comme le dit Mathieu Ricard, de pratiques méditatives abordables par tout le monde, comme dans le mouvement de la pleine conscience de Jon Kabat Zinn. Il n’y a pas besoin d’être religieux au sens traditionnel, de faire partie d’une église, d’aller à une synagogue ou à une mosquée.

Pouvons-nous imaginer un lieu physique ou virtuel via internet où se trouverait un réservoir de ressources prêtes à intervenir dans la société selon des besoins reconnus. Il nous faut nous mettre en proximité du monde tel qu’il est aujourd’hui pour ne pas effrayer, pour ne pas faire lever de résistance. Sans se nier sur l’essentiel tout en cultivant nos différences créatrices.

Quel est le sens du travail, celui de la politique ? Il nous faut réalimenter le sens. Une bonne gestion économique ne peut suffire à elle seule. Elle mène au résultat opposé à son but premier et son efficacité se retourne contre elle-même et mène à la destruction. Toute

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activité humaine devrait avoir une base de service, de collaboration, respecter et développer le bien commun. Il nous faut l’affirmer même si parfois, cela semble aller à contre-courant. La recherche du seul profit pour soi ou pour son groupe d’appartenance mène au conflit et à notre perte. Comme le disait Martin Luther King : « Si nous ne vivons comme des frères, nous mourrons comme des fous. »

Il nous faut réapprendre à rêver, à retrouver le rêve de la terre quand elle produit à profusion toutes ces formes de vie si étonnantes et magnifiques. Individuellement et collectivement, il nous faut développer de nouveaux rêves. L’après-guerre a vu se développer des rêves généreux mais ils semblent maintenant à bout de souffle, détruits par l’économie de marché et la recherche du profit à tout prix. La valeur de ce qui est détruit par nos activités est maintenant infiniment supérieure à ce qui est construit et produit. Rêvons intensément, passionnément, des rêves qui puissent avoir une valeur d’attraction, de stimulation, supérieure aux délires des extrémistes de tout bord.

A la base, se découvrir soi-même, ce que nous sommes vraiment dans notre nature essentielle. Pour ce faire, nous pouvons nous aider des sources traditionnelles les plus variées, depuis le « Connais-toi toi-même » des grecs, en passant par le Soufisme, l’Hindouisme, le Zen, le Tantra, le Bouddhisme, le Chamanisme, le Yoga… Il nous faut grâce au JDRR, mettre à jour la quintessence de ce que nous sommes au plus profond de nous- mêmes. Marie-Anne et Dominique ont l’intention de partager une vision qu’ils ont élaborée au cours des années, une vision qui ne soit limitante pour personne mais qui soit inspirante pour tous. Une quintessence de conscience et d’amour qui aide chacun à reprendre confiance en soi, qui invite à l’amour des personnes qui participeront dans le futur aux séminaires animés par les uns et les autres. Nous devons continuer de développer un cadre conceptuel cohérent qui rend possible de nouvelles expérimentations.

Définir notre spécificité, notre identité pour l’intégration de la personne humaine et la formation des nouveaux leaders dont notre monde a besoin.

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Annexe 3 : Séminaire intensif du « Qui suis-je »

Vivre sa vie en s’enracinant au cœur de son être

Cette question existentielle exige une réponse vécue au-delà de toute élaboration intellectuelle ou philosophique. Vous vous engagez dans une quête rigoureuse et aimante sur votre véritable identité, votre véritable nature, pour donner du sens à votre vie. Ce questionnement constant agit comme un foret qui pénètre jusqu’au cœur de votre être. Il entraîne des transformations profondes et durables ayant un impact direct sur votre quotidien. Il apprend entre autres, à suivre le fil de votre vécu intérieur, à faire confiance à vos émotions et à vos intuitions. Quatre jours pour aller au cœur de vous-même ! Vous recueillir, pénétrer dans le mystère de votre propre présence, habiter vos entrailles, résider dans le silence de votre cœur, rayonner d’amour et de joie. Curieusement ce processus qui se fait avec soi-même et souvent dans le silence est un apprentissage rigoureux à une communication fondée sur votre vérité intérieure.

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IX Bibliographie

1. Ouvrages

  •   Bernard, Dorothée – Savigny, François – Bensimon, Stephen (2014). Le médiateur – La Neutralité : une nécessité éthique, Mille difficultés pratiques. Saint-Quentin-en-Yvelines: Médias & Médiations
  •   Blohorn-Brenneur, Béatrice (2013). La médiation pour tous. Saint-Quentin-en-Yvelines : Médias & Médiations
  •   Morineau, Jacqueline (2014). L’esprit de la médiation. Toulouse : Erès
  •   Vincent, Dominique (2012). Au cœur du pouvoir : le Jeu du Roi. Gap: Le Souffle d’Or
  •   Vincent, Dominique (2013). Au-delà des jeux de pouvoir : se connaître, se construire, agir. Gap: Le Souffle d’Or

    2. Articles de revue

     Vincent, Dominique (2013). Le Jeu du Roi/Reine : L’individuation et le Soi. Synodies, p53-57

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