Le Jeu du Roi/Reine | Formation des formateurs à l’animation du « Jeu du Roi/Reine »
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Formation des formateurs à l’animation du « Jeu du Roi/Reine »

Les méta-compétences, estime de soi et bienveillance

Le Jeu du Roi/Reine n’est pas un jeu de société qu’on peut jouer en famille. Il exige de s’impliquer émotionnellement. Il peut se révéler bouleversant. Pour l’utiliser professionnellement, il est absolument nécessaire d’avoir suivi au préalable une formation de psychothérapeute ou de coach en plus d’une psychothérapie individuelle ou d’une psychanalyse de plusieurs années. Mais cela ne suffit pas pour en tirer le maximum. Nous proposons une formation spécifique en lien avec les exigences propres à l’animation de ce psychodrame.

Les meilleures techniques d’animation, les meilleurs protocoles, ne fonctionnent profondément que selon le niveau de compréhension et d’intégration personnelle du formateur. Amy Mindell parle de « meta-skills », de méta-compétences, celles qui découlent du savoir être, au-delà des connaissances intellectuelles et des savoir-faire techniques.

La première compétence, la plus essentielle pour que les participants puissent bénéficier de ce Jeu, est la bienveillance. La première tâche du formateur est d’installer ce climat de bienveillance dans le groupe. Tout le monde est invité à entrer dans une telle attitude, car le Jeu du Roi/Reine fonctionne sur l’intention partagée d’aider chacun à trouver son pouvoir. Le formateur montre l’exemple en étant d’abord et fondamentalement bienveillant vis-à-vis de lui-même, de ses émotions, de ses failles et, possiblement de ses erreurs, même celles qui peuvent apparaître dans l’animation du groupe. La bienveillance, ou compassion, est le fruit de la mise en cohérence cardiaque. Cherchant constamment à améliorer son propre niveau de cohérence et d’harmonie, le formateur va automatiquement provoquer l’émergence du meilleur en chacun. C’est le travail fondamental du formateur avant, pendant et après ses heures d’animation, cultiver sa cohérence intérieure.

Comme je l’ai expliqué plusieurs fois dans le livre « Au cœur du pouvoir, Le Jeu du Roi, Osez votre leadership, c’est votre droit de naissance », une croyance communément répandue est que le pouvoir est quelque chose qu’on impose aux autres. Ce type de pouvoir condamne celui qui l’utilise à la fragilité et à l’inquiétude constante, car il est sans cesse contesté par ceux qui ne supportent pas – à juste titre – que quelqu’un les écrase, et qui veulent prendre cette place pour écraser les autres à leur tour. Le formateur doit avoir impérativement compris et intégré cette problématique. Le véritable pouvoir est un sentiment et une réalisation intérieure de force tranquille et sereine qui se met au service du bien commun. Non seulement quelqu’un qui a acquis cette maturité n’est pas menacé par les autres, mais il est désiré et demandé, car chacun sait que la présence d’une telle personne va l’aider à grandir et à progresser. Plus il y a de gens qui sont en contact avec leur propre pouvoir, moins il y a de frustrations et de conflits, plus les rôles se distribuent naturellement en fonction des circonstances, des besoins et des compétences de chacun. Comment un formateur pourrait-il favoriser ce processus et aider les autres à devenir rois dans leur propre royaume s’il n’a pas fait la paix en lui ?

Pour y parvenir, un formateur doit avoir dépassé ses blessures d’estime de soi, ce qu’on appelle en langage psychanalytique les « blessures narcissiques », qui proviennent essentiellement de l’attitude des parents et des éducateurs. Dans l’idéal, le formateur n’a rien à prouver quant à sa valeur et à ses capacités de leadership. Dans la pratique, il est conscient de ses émotions limitantes à ce niveau. Il est capable de les identifier quand elles risquent d’altérer sa perception des participants et d’intervenir de façon blessante. Par exemple, pendant un Jeu, une apprentie formatrice n’a pas toléré qu’un des participants, guerrier, se mette debout pour bien sentir et exprimer son mouvement d’affirmation de soi. Nous sommes intervenus pour reconnaître et valider l’expression de ce guerrier. L’apprentie formatrice a ressenti cette attitude comme une menace à son leadership. Au débriefing, elle a qualifié d’arrogante la prise de posture de ce guerrier. Si Marie-Anne et moi-même n’étions intervenus, elle aurait cassé un précieux mouvement d’affirmation de ce participant. Cela aurait été très probablement une répétition de castration pour lui. L’apprentie a alors entamé un processus personnel difficile : ressentir la peur du père dans la famille et prendre soin de l’enfant terrorisée. Cela a été plus loin que tout ce nous pouvions imaginer : sa famille étant juive survivante de la Shoah, l’attitude de son père était motivée par la peur d’être vu. Celui qui relève la tête se met en danger et, du même coup, met sa famille et sa communauté en danger. Il faut donc casser celui qui se met trop en vue par tous les moyens. Comprendre de tels processus demande de la part du thérapeute un travail délicat et profond sur lui-même.

Amy Mindell parle d’autres méta-compétences. En voici quelques-unes. Il y a le recyclage qui est la capacité de récupérer ce qui apparaît négatif au premier abord pour en tirer le positif. Le jeu est la capacité de mettre de l’humour à certains moments pour alléger le processus. C’est aussi l’art de changer de regard, de point de vue sur une situation, et d’improviser, de proposer une nouvelle forme d’expression, de mise en acte à la personne ou au groupe. Le détachement est la capacité de ne pas s’identifier à la situation, de prendre de la distance, d’en rester le témoin objectif. L’art du chasseur aux aguets est de savoir saisir l’occasion sur le vif, la phrase, le geste, la mimique, qui exprime l’émotion vraie sur laquelle il faut s’attarder pour qu’elle puisse être enfin pleinement reconnue et entendue. Il y a également le don chamanique qui consiste à reconnaître les images, à accueillir les rêves éveillés ou nocturnes, à écouter les synchronicités pour y déceler le sens caché. La dernière méta-compétence qui fait écho à la première, la bienveillance, est peut-être la plus importante de toutes : la joie et le bonheur éprouvé à partager !

Rencontre avec l’enfant intérieur

L’exemple que nous avons donné plus haut, celui de la formatrice qui cassait, de façon inconsciente, l’affirmation guerrière d’un participant, montre combien le thérapeute ou le formateur, pour trouver son pouvoir, doit rencontrer et prendre soin de l’enfant qu’il a été. Essayons d’en comprendre les implications et les apprentissages nécessaires. Un formateur doit avoir une compréhension fine des étapes du développement de l’enfant et des difficultés de ce développement, en fonction des attitudes éducatives des parents. Sa première préoccupation est de permettre le dévoilement des scénarios et des vécus émotionnels qui limitent l’expansion de la personnalité de quelqu’un dont la source est presque toujours dans le vécu de ses premières années et dans celui de ses ancêtres. Le dévoilement permet la prise de conscience et entame le processus de guérison.

Ainsi, une participante qui monte sur le trône, elle-même artiste et formatrice en entreprise, se trouve, au cours de son jeu, chahutée par le groupe des artistes. Visiblement, elle n’arrive plus à gérer. Ce que révèle le débriefing, c’est que, pendant son adolescence, elle s’est orientée vers une carrière d’artiste en révolte contre la rigidité et les attitudes incestueuses de son père. Elle avait alors réussi à le « chahuter », c’est-à-dire à le déséquilibrer profondément, en particulier par ses choix de carrière. Par processus de dream-up, sorte de projection opérante sur les autres, les participants ont été amenés à rejouer envers elle la stratégie qu’elle a utilisée envers son père. Elle se sent elle-même en danger quand elle se retrouve en position d’autorité à la place symbolique de père du groupe. Son équilibre interne se trouve mis à mal par les artistes, comme son père qu’elle avait réussi à déstabiliser en devenant artiste elle-même, à un point tel que j’ai dû interrompre le Jeu rapidement pour lui offrir immédiatement compréhension et soutien. Ce jeu lui a révélé un des conflits internes majeurs qui la handicapaient dans son propre rôle de formateur. Une lumière est portée sur les limites qu’elle peut mettre inconsciemment à la créativité des participants au cours des formations qu’elle donne. Elle doit aussi reconnaître et accepter la fragilité de sa construction interne et en tenir compte avec bienveillance pour devenir plus détendue et cohérente dans son travail et dans sa vie affective.

Le formateur doit avoir développé de solides qualités pédagogiques pour que les participants apprennent à apprendre par eux-mêmes. Quand le formateur suit les protocoles avec rigueur, ce qui n’est possible que s’il comprend le pourquoi de chaque élément, il arrive qu’il n’ait pas à intervenir autrement que pour les faire respecter. Il n’a plus aucun commentaire à faire, aucune question à poser, aucune interprétation à proposer. Chaque participant, et le groupe dans son ensemble, peuvent s’approprier entièrement leurs compréhensions et leurs découvertes, ce qui est éminemment constructeur.

Un formateur doit posséder une connaissance suffisante de la dynamique des différentes personnalités. Certaines personnes bénéficient dès le départ d’une intuition remarquable pour saisir sur le vif ce qui se passe dans le monde interne de quelqu’un d’autre, au moment où celui-ci se trouve confronté à un défi difficile à surmonter. Pour d’autres, cela s’acquiert par une étude systématique en psychopathologie, et par l’expérience. Le formateur doit évaluer quand le jeu s’est suffisamment développé pour fournir les éléments à travailler. Il doit donner sa chance au roi-reine pour qu’il puisse relever par lui-même les défis qui se posent à lui au cours du psychodrame sans toutefois qu’il ne dépasse ses limites. Il doit rester vigilant pour saisir sur le vif le moment où cette personne atteint un niveau d’angoisse excessif. En psychanalyse, on parlerait de la capacité des forces d’adaptation et de cohésion du moi. Il doit savoir arrêter le Jeu avant que celui qui se trouve sur le trône ne fasse l’expérience de la déstructuration de son conseil, en miroir à la destruction de son monde interne.

Dans tous les cas, il faut savoir rappeler aux participants que tout épisode difficile contient un trésor intérieur à découvrir. Quand cela est oublié, ils se trouvent en danger d’entrer dans des jugements destructeurs sur eux-mêmes et sur les autres. Le formateur doit, le cas échéant, intervenir immédiatement pour mettre en lumière ce qui se passe sans culpabiliser. Le formateur doit savoir terminer le débriefing sur une perspective de dynamique positive. Ceci est d’une importance extrême car c’est ce qui permet une reconstruction dans l’inconscient de la personne. Il faut comprendre que ce sont des circuits neurologiques qui sont réactivés.

D’après mon expérience, j’estime que la plupart des gens que je rencontre en thérapie comme dans la vie courante ont subi plusieurs traumatismes importants qui n’ont pas été pris en compte au moment opportun pour mener à une guérison satisfaisante : accidents, deuils, abus, maladies mettant la vie en danger, opérations chirurgicales, actes de guerre, catastrophes naturelles… Cela semble être le lot de la condition humaine. Chaque traumatisme non accueilli, non soigné, provoque une perte de sensibilité plus ou moins importante qui entache notre capacité à ressentir notre propre état émotionnel et donc celui des personnes que nous rencontrons. Cela fait que nous pouvons les blesser à notre insu et même répéter sur elles les abus et les traumatismes que nous avons nous-mêmes subis. Nous pouvons aussi, sans le savoir évidemment, réveiller ou aggraver les conséquences des traumatismes déjà subis dans leur propre passé. Ces répétitions sont particulièrement fréquentes dans les situations parents-enfants et dans les relations hiérarchiques. Pour les éviter, un formateur doit tout faire pour mettre à jour ses propres états post-traumatiques et en prendre soin avec la plus grande vigilance et bienveillance possible. C’est pour cette raison que nous avons mis en place dans notre formation de formateurs, des séminaires de dialogues avec l’enfant que nous avons été et qui continue de vivre sa vie à l’intérieur de nous. Ces séminaires intitulés « Rencontre avec l’enfant intérieur » permettent de se réapproprier peu à peu sa sensibilité, condition indispensable à l’exercice de tout leadership. Dans notre expérience, Marie-Anne et moi-même avons constaté que la bienveillance envers soi-même était souvent la clé de voûte manquante pour terminer une thérapie. Une psychanalyse de dix ans n’est pas complète tant que la personne n’a pas appris à s’aimer dans tout ce qu’elle est.

La connaissance de soi

Comme nous l’avons déjà dit, pour animer le Jeu du Roi, un formateur devrait avoir intégré complètement l’archétype du roi, c’est à dire être devenu ce qu’il est au plus profond de lui-même. Il peut alors aider les autres à réaliser le même état. Evidemment cette réalisation est rarement totale. L’oubli et le retour en arrière est toujours possible ! L’apogée de la présence et du charisme du roi est la réalisation du Soi selon la définition qu’en font Jung et les sages de la Grèce antique et de l’Orient. La réalisation du Soi est le fruit des questionnements fondamentaux : « Qui est-ce que je suis ? Qu’est-ce que je suis ? Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que la vie ? » Quand ces questionnements ont pris possession de tout l’être, quand ils ne sont plus le fait de l’intellect seul mais d’une soif ardente à la rencontre de soi-même, la qualité de présence s’approfondit et se transforme. L’état d’être qui en résulte n’est pas une réponse intellectuelle à « Qui suis-je ? », à « Qui est ce « je » quand je dis « je » ? » : la découverte de ce « Je », qui est la conscience se retournant sur elle-même, est la réalisation du Soi. Le « Je suis » est le « chant de l’incroyable amour » des maîtres Soufis. Nous pensons, Marie-Anne et moi, qu’un formateur doit s’être authentiquement posé ces questions et doit être consciemment à la recherche de cet état d’être. Le Jeu du Roi y contribue. Nous avons constaté qu’une voie essentielle vers le Soi est la méthode d’investigation des séminaires intensifs « Qui suis-je ? » mis au point par Charles Berner. Nous validons un formateur selon nos critères, seulement quand il est passé une ou plusieurs fois par ce processus.

Co-animation

À l’expérience, je préconise, chaque fois que c’est possible, pour l’animation du Jeu du Roi, la présence de deux formateurs, un homme et une femme. Une première raison est le respect de l’équilibre du masculin et du féminin. Le champ, pour être entier, doit inclure ces deux polarités. La présence d’un homme et d’une femme aide à tendre vers cet équilibre. Une autre raison est la richesse de l’observation : une personne seule ne peut tout percevoir, ne peut être sensible à toutes les personnes et à tout ce qui survient dans le champ du groupe. Un regard croisé enrichit les angles de vue. Une troisième raison est la recherche de sécurité. Avec un couple de formateurs alliant ensemble et en chacun, les sensibilités masculine et féminine, il y a moins de possibilités de ne pas percevoir quand quelqu’un rencontre des défis excessifs.

Tout au long du Jeu, ma préoccupation est d’observer minutieusement tout ce qui survient, les attitudes, les émotions, les rôles de chacun. Personnellement, je prends le maximum de notes qui me permettront de m’assurer que rien d’essentiel n’est passé sous silence lors du débriefing. Un assistant peut être chargé de prendre des notes et même de procéder à un enregistrement vidéo. Le problème est ensuite le temps nécessaire au visionnement et à l’analyse des séances. Nous avons décidé de ne jamais mettre directement un enregistrement entre les mains d’un participant pour deux raisons. La première est la confidentialité par rapport aux autres participants. La deuxième est d’éviter qu’il se retrouve seul en face de ce qui s’est passé avec le risque de tourner en rond et de nourrir des attitudes défensives de justification, ou encore de rester des heures dans l’analyse intellectuelle sans avoir accès à l’écoute de ses ressentis.

Les assistants en formation de formateur

Ils doivent au préalable être des praticiens en psychothérapie individuelle ou de groupe formés selon les règles de l’art : psychologues cliniciens, assistants sociaux, psychanalystes, éducateurs spécialisés… Ils doivent ensuite participer pour eux-mêmes au moins une fois à l’ensemble du processus, soit un minimum de 12 jours. Nous leur demandons de participer à un séminaire d’une semaine de rencontre et de dialogue avec l’enfant intérieur et à au moins un séminaire intensif « Qui suis-je ? ». Ils doivent alors participer une deuxième fois à l’ensemble du processus dans le but d’apprendre à animer le Jeu du Roi. Ils apprennent en observant et en ressentant ce qui se passe dans le Jeu sans qu’aucune responsabilité ne pèse sur eux. Ils observent en particulier les interventions des formateurs. À la fin du débriefing, il est essentiel qu’ils partagent ce qu’ils ont ressenti et appris pour eux-mêmes tout au long du Jeu et du débriefing. Il ne me semble pas souhaitable pour le groupe que des observateurs soient présents sans s’exposer eux-mêmes dans la vulnérabilité de leurs ressentis et de leurs émotions. Ils contribuent pleinement au processus du groupe en partageant leurs observations et leurs prises de conscience. Ils doivent accepter de passer une nouvelle fois sur le trône pour parfaire leur reconnaissance et leur acceptation d’eux-mêmes. Des temps leur sont donnés en dehors du groupe pour partager leurs observations avec les formateurs. Ils devront réaliser des études détaillées de quelques Jeux et les remettre aux formateurs pour évaluation. Selon leurs acquis professionnels antérieurs, un programme spécifique de lectures leur sera proposé. Le suivi qui mène à leur reconnaissance officialisée d’animateur du Jeu du Roi est profondément personnalisé.