Le Jeu du Roi/Reine | Jeu du Roi et “Qui suis-je?” pour se former à la médiation
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Jeu du Roi et “Qui suis-je?” pour se former à la médiation

Jeu du Roi et “Qui suis-je?” pour se former à la médiation

Posted by Dominique Vincent in Non classé 23 Dec 2015

Interview de Dominique Vincent, thérapeute, superviseur de psychologues et de psychothérapeutes, animateur de groupes de développement personnel et de formation avec plus de 40 ans d’expérience de thérapie et de médiation.

Par Ann Ferdinand, business analyst, ISP Team manager, pour présentation d’un mémoire DU 2 2014-2015, Institut Catholique de Paris, IFOMENE, Institut de Formation à la Médiation et à la Négociation, Diplôme Universitaire de Médiateur

J’ai le plaisir de publier sur notre site cette interview effectuée par Ann Ferdinand pour son mémoire de Master à l’Institut IFOMENE. Cette interview m’a permis d’expliciter plusieurs points importants de mon travail. Marie-Anne Gailledrat a participé à la relecture et à l’éditing de mes réponses qu’elle a étoffées et je l’en remercie. Dès que ce mémoire d’Ann aura été validé par IFOMENE, je me ferai un plaisir de le publier in extenso sur ce site.

De la Médiation au “Qui suis-je?” en passant par le “Jeu du Roi”

Question 1 - Le cadre:

En tant qu’animateur du « Jeu du Roi », quelle est pour vous l’importance du cadre lors d’une réunion de travail ?

Depuis ce même angle de vue, si un médiateur est vu comme ayant le rôle du roi/reine, quel conseil donneriez-vous à celui-ci pour le positionnement de la scène de médiation et son propre placement ?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

La mise en place du cadre d’une réunion est d’une importance capitale et s’adresse autant au cadre physique, que relationnel par les protocoles de travail de groupe. Un troisième aspect généralement peu mis en valeur, est le cadre intérieur de l’animateur ou du médiateur.

Il y a le cadre matériel, la pièce, la disposition des meubles, les sièges, table ou pas, en cercle, en carré. Les personnes doivent se sentir le plus en sécurité possible en même temps qu’exposées à part égale. Des études très précises ont été faites à ce sujet que certains appellent la proxémie, une science à part entière. La proxémie tient compte des différences culturelles par rapport à l’occupation de l’espace par les personnes. Cette occupation, et le sens qui lui est donné, dépendent grandement des conditionnements culturels ainsi que de l’histoire personnelle de chacun. Il est bon d’en tenir compte en situation de médiation impliquant des gens de pays différents. Ainsi pour certains africains, une femme insulte un homme si elle le regarde directement dans les yeux. Pour eux également, plus vous êtes élevés dans la hiérarchie, plus vous devez savoir faire attendre les participants à une réunion que vous présiderez alors que d’autres, comme nous en France, diront que l’exactitude est la politesse des rois. Pour ces africans, je suppose qu’une des raisons cachées est de permettre aux participants à la réunion à mieux se préparer et à prendre conscience de l’importance de la rencontre. Les clignements d’yeux, mouvements des paupières, hochements de tête ont des sens très précis selon les pays. Certaines personnes ont besoin d’expression émotionnelle et de contact physique alors que d’autres ne le tolèrent pas.

Pour ma part, chaque fois que j’entre dans une pièce dans laquelle je vais intervenir avec un groupe, j’en fais le tour pour explorer mes ressentis de façon à me positionner à un endroit où je me sentirai davantage en sécurité. Par exemple, je ne dois avoir ni une porte d’entrée, ni une fenêtre dans mon dos. Attention à l’éclairage, tout le monde doit voir tout le monde, en particulier les expressions des visages. Donc, personne à contre-jour pour quelqu’un d’autre. Nous pouvons prendre comme exemple le modèle de la table ronde où chacun peut voir les autres dans un positionnement identique, ce qui est différent des tables rectangulaires que j’évite chaque fois que c’est possible…

Il y a le cadre donné par le médiateur sur les protocoles de prise de parole. Cela concerne par exemple le temps de parole alloué à chacun, la façon dont la parole circule, la non-interruption de celui qui parle, la courtoisie des propos, absence d’insultes… Cela est bien connu des médiateurs chevronnés.

Il ne faut pas oublier le cadre intérieur de l’animateur. Il s’agit entre autre de sa capacité à prendre de la distance, de la hauteur, par rapport aux personnes et aux enjeux de la réunion pour augmenter sa lucidité. Il doit vérifier en lui son intention de win-win pour tous les interlocuteurs, sa détermination et sa capacité à tenir compte de toutes les personnes et de toutes les implications de la problématique, sa bienveillance et son acceptation de tout ce qui est stimulé en lui dans son monde émotionnel, et cela en temps réel. Un médiateur peut même être partie prenante du conflit en autant qu’il ait développé une méta-compétence précieuse, celle de se mettre avec sympathie dans la peau de ses adversaires. Pas pour gagner sur l’autre mais pour le comprendre de l’intérieur et l’aider au mieux à se clarifier. Le médiateur mature sait que personne n’a rien à gagner à écraser son adversaire et que parfois il faut même l’aider à exprimer ses arguments contre lui avec le plus de force et de lucidité possible.

La formation du Jeu du Roi/Reine met en valeur les trois niveaux impliqués, physique, relationnel et intérieur de toute dynamique de groupe, des multiples résonnances entre eux et de la nécessité de cohérence et de congruence mutuels. Cela tant dans le monde interne de chacun comme pour le groupe lui-même qui devient une entité à part entière. En fait, pour la formation des leaders, managers et médiateurs, nous utilisons trois séminaires techniquement très différents, le séminaire « Qui suis-je ? » pour l’alignement intérieur et la centration, la rencontre avec l’enfant intérieur pour la mise en évidence, la compréhension et le processing des émotions que le médiateur doit mettre au travail en lui et dans le  groupe, et le Jeu du Roi/Reine pour la mise en cohérence des trois niveaux cités ci-dessus et leur éclairage mutuel et pour comprendre les processus continuels en cause de transfert, projection et dream-up.

Le positionnement d’un médiateur n’est pas complètement identique à celui du roi dans le JDDR car il doit savoir se mettre plus clairement en retrait pour faciliter l’émergence du véritable pouvoir de chacun des participants. Ce n’est pas à lui de prendre les décisions. D’autre part, il doit être en capacité de réagir et/ou de s’imposer si nécessaire. Il doit savoir s’avancer et se retirer continuellement. Cela n’est possible pour lui que s’il a dépassé ses enjeux personnels quant à  détenir le pouvoir. La position du médiateur est davantage celle de l’animateur-formateur que celle du roi lors du psychodrame le JDRR. Il est un pédagogue qui sait occuper différents rôle selon le besoins du moment : enseignant, guerrier, sage, humoriste….

Je peux difficilement donner un exemple particulier tant ce que je viens d’expliquer est le fondement même de toute ma pratique d’intervention et de formation auprès de groupes et de personnes. Plus que cela, c’est le respect de ces cadres qui anime la totalité de ma vie, professionnelle bien sûre, mais aussi familiale, amoureuse… Sentir ce qui se passe quand je change de lieu, quand je me déplace dans une pièce, quand je suis en face ou à côté de telle ou telle personne, me repositionner continuellement selon les émergences dans le champ…

Pour illustrer mes dire, je viens de recevoir le témoignage d’un médiateur qui vient de jouer un rôle important dans une négociation concernant la fusion de listes électorales de deux partis pour les dernières élections. Je rapporte ses mots : « En tant que médiateur, j’ai pu pacifier par ma présence. Je suis resté aligné, j’ai gardé le recul nécessaire. A certains moments je me suis senti en état de méditation les yeux ouverts. A un moment précis, j’ai éprouvé une impulsion dans tout mon corps : Tranche ! Les mots qui ont alors jailli de moi ont été le moment déterminant de la négociation, chacun ressentant que c’était bien là qu’il fallait en venir. J’ai pu jouer ce rôle de médiation accepté par les deux parties alors que j’étais moi-même membre d’une de ces parties, parce que j’ai réussi à percevoir de l’intérieur les positionnements de chacun et que j’ai profondément désiré que tout le monde gagne. J’ai pu me rendre compte sur le vif la pertinence de ma formation du Jeu du Roi/Reine. »

Question 2 - La neutralité:

Dans le processus de médiation, la neutralité est un élément clé porté par le médiateur et qui est par ailleurs partagé avec la démarche de thérapie.

En tant que thérapeute, que vous a enseigné sur vous-même la recherche de neutralité?

Quel est selon vous l’impact de cette démarche sur autrui ?

Comment avez-vous accueilli les cas où votre neutralité était en danger ?

 Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Pour rester neutre, il faut être suffisamment en paix avec soi-même. D’ailleurs, la neutralité seule n’est pas suffisante. Il faut une bienveillance fondamentale qui est enracinée dans l’écoute et la compréhension des traumatismes des personnes impliquées derrière leurs comportements qui peuvent être particulièrement impossibles à supporter. Des recherches actuelles montrent que le degré de cohérence cardiaque d’une personne détermine pour une grande part l’ambiance de sécurité qui se dégage autour d’elle et permet l’acceptation de toutes les parties nécessaire au règlement du conflit en cours. Le médiateur doit être un maître en cohérence cardiaque. Cela commence par une neutralité bienveillante envers soi-même. La véritable neutralité n’est possible que quand j’accepte mes réactions émotionnelle subtiles – (qu’elles soient positives ou négatives) – que je les vois et que je ne les laisse pas me jouer. Cela signifie qu’il me faut travailler mes ressentis pour développer une neutralité bienveillante envers tous. La recherche de neutralité bien comprise mène à l’amour de soi et des autres. Cette neutralité bienveillante est une des conditions fondamentales pour créer la confiance de tous les protagonistes. Si elle n’est pas présente ou seulement feinte, vous allez dans le mur en tant que médiateur.

Oui, en tant que thérapeute et en tant que médiateur, notre neutralité est continuellement en jeu. Quand je sens ma neutralité en danger, je dois savoir passer la main et me mettre en mode travail interne. C’est pour cela qu’il est important de travailler en tandem. L’autre prend le lead quand il me sent en difficulté et je fais la même chose quand c’est lui qui est ébranlé. Je dois écouter, identifier, accueillir et processer ce qui surgit en moi comme la peur, la frustration ou la colère, par rapport à l’un ou l’autre des protagonistes. Quand cela est fait, je réintègre psychologiquement le groupe. Il est particulièrement difficile dans le feu de l’action de mettre à jour mes propres contretransferts, projections, et ce que je peux induire par le phénomène de dream-up. C’est pour cela que le travail en amont est si important, travail en profondeur sur soi, thérapie, mise en cohérence cardiaque, méditation, compréhension des blessures et des traumatismes derrière les comportements, à commencer par les miens…

Question 3 - L’écoute active/le silence:

Dans le séminaire du « Qui suis-je », l’écoute active pour le récepteur au sein de l’échange à deux, est fondamentale, tout comme l’est le silence, partie intégrante du reste du stage.

Quels sont pour vous les impacts les plus marquants que peuvent avoir l’écoute active et le silence (à la fois pour celui qui la personne qui emploie cela et la personne qui lui fait face)?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Dans le cadre du séminaire « Qui suis-je ? », on ne peut pas vraiment parler d’écoute active car celui qui écoute ne fait absolument rien. C’est une écoute gratuite, une pure bienveillance sans aucune pression interne causée par un désir de trouver le meilleur moyen d’aider l’autre, ni même la pensée que l’autre doive changer. Je peux définir cette écoute simplement par le mot présence. Paradoxalement, cette présence n’est pas non plus passive, elle est opérante. Je la qualifie d’irradiante. Elle agit sur l’autre en créant un champ dans lequel l’autre est invité à être simplement lui-même. Ce champ a été bien exploré par les recherches de Rollin McCraty,  Ph.d. de l’ « Institute of Heartmath » sur la cohérence cardiaque. Ce champ est émis justement par la présence silencieuse au niveau du cœur. Les variations de ce champ et la cohérence interne de ses ondes sont mesurables et analysables avec les techniques informatiques actuelles.

Pour la personne qui parle, le plus marquant est souvent de découvrir qu’elle a beaucoup à exprimer et d’y arriver. Le non jugement, le fait d’être écouté sans être coupé, interprété, commenté, permet une nouvelle possibilité de se regarder, de se reconnaître, de se dire. J’ai en mémoire quelqu’un qui avait la croyance profonde, confirmée bien sûr par sa femme, qu’il n’était pas capable de dire, qu’il ne s’exprimait jamais. Très surpris, Il a peu à peu découvert au cours des trois jours, qu’il avait énormément de plaisir chaque fois que son tour de parole arrivait…

L’impact du silence pour celui qui écoute est fabuleux : se retenir de répondre, prendre le temps de ressentir la frustration, apprendre à écouter ce qui se passe en soi, réaliser combien l’autre peut être profondément différent de moi, ou très proche, se sentir capable de l’entendre en n’étant ni en accord avec lui, ni en position de vouloir le changer ou de lui faire la morale. Le premier effet de l’écoute silencieuse bienveillante est en premier lieu de transformer l’écoutant lui-même. Heure après heure, il se sent devenir plus humain et entre dans un espace de bienêtre profond. Comme il n’a aucune préoccupation particulière, la compréhension de ce que dit l’autre est de plus en plus claire et lucide et lui fait prendre conscience des projections et jugements qu’il porte continuellement sur les autres et qui obscurcissent son regard. De son côté, celui qui est écouté sans interférence a beaucoup plus de latitude pour ressentir ses émotions et pour élaborer sa pensée. Ce type d’écoute est extrêmement rare et l’expérimenter est souvent une totale découverte. Les partenaires apprennent une nouvelle manière de communiquer tellement riche et satisfaisante qu’ils s’en souviendront toute leur vie.

Encore à propos du silence : au cours des dyades et pendant les autres activités du séminaire, l’impact le plus marquant est, pour beaucoup, la réalisation de l’impossibilité qu’ils vivent au quotidien d’exister sans se pencher vers autrui pour lui donner quelque chose, le transformer…  Le retour à soi est une expérience extraordinaire quand quelqu’un n’a pas été reconnu dans l’enfance. Par exemple, au moment des repas, ne pas proposer d’eau ou passer le sel à son voisin pour ne pas interférer dans sa recherche intérieure, peut être extrêmement douloureux à vivre, comme une perte d’existence… mais cela ramène à la conscience de ce qui se joue continuellement dans la vie de tous les jours. N’existons-nous qu’au travers de l’autre ?

Le silence en dehors du travail à deux pendant les autres activités du séminaire permet de continuer de porter son regard à l’intérieur de soi, de reconnaître et d’observer le jaillissement perpétuel des sensations, émotions et pensées en résonnance avec les changements, perpétuels eux aussi, de notre environnement. C’est ce qui constitue notre vie intérieure et ce qui fait l’intérêt et le charme de notre existence humaine. Ce silence conduit peu à peu vers notre essence la plus profonde. 

Question 4 - Le miroir:

Dans le « Jeu du Roi », le thème du miroir est très présent.

Dans un contexte de médiation, quel type de résonance pourrait selon vous exister entre les contextes amenés par les médiés et le monde intérieur du médiateur ?

Sur votre parcours de thérapeute, avez-vous noté par exemple une prédominance de thématiques des thèmes qui vont sont amenés en réponse à votre propre monde intérieur ?

 Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

 Réponse :

Le phénomène de miroir n’est pas suffisant pour expliquer ce qui se passe. Je dirais plutôt qu’il y a mise en acte du monde interne du médiateur par les médiés. Quel que soit le sujet du conflit, le monde interne du médiateur est un des facteurs clés du succès de la médiation. Quand le médiateur est en paix avec toutes les parties de lui-même, les médiés vont avoir une tendance profonde à se mettre en paix entre eux. Dès que l’une des parties résonne avec une partie non acceptée du monde intérieur du médiateur, le phénomène de médiation a tendance à bloquer. Le médiateur qui constate un tel blocage, doit se mettre en travail interne jusqu’à ce qu’il découvre quelle partie de lui est en résonnance avec ce qui se passe dans la médiation. Une fois ce travail fait, le processus de médiation peut souvent se remettre en marche.

 Je me souviens de cette séance de couple où je ne pouvais supporter la manière dont la femme manipulait son mari en se positionnant en victime larmoyante pour éviter de se remettre en cause. Il m’a fallu revisiter la manière dont ma mère manipulait mari et enfants, et aussi la manière dont mon ex-compagne réussissait à me faire craquer et à me faire dévier de mon chemin en étant jouée par sa petite fille blessée. J’avais donc tendance à prendre le parti de l’homme au lieu de rester ouvert à l’ensemble des éléments apportés par l’un et l’autre.

Je suis né pendant la deuxième guerre mondiale. Pour leur part, mes parents croyaient en la vertu des punitions physiques particulièrement violentes. C’est sans surprise que beaucoup de mes clients viennent travailler avec moi sur le type de problématiques dues à ce genre de blessures : traumatismes personnels ou familiaux liés à des situations de guerre, colères, impossibilité de se positionner, refus du conflit, croyances que la vie sans violence est impossible, que les relations de couples ne peuvent exister qu’avec des conflits, qu’ils seront toujours écrasés… Egalement, comme je pratique différentes formes de méditations et de travail sur moi qui proviennent de plusieurs traditions, des personnes de cultures et d’origines ethniques variées sont amenées à me contacter. Je me demande souvent ce que mes clients sont en train de dire de mon monde interne, particulièrement de ce je pourrais désirer maintenir dans mon inconscient parce que trop douloureux, ou trop éloigné de mes conceptions de la vie, de mes croyances. Ce qui est refoulé en nous est évidemment ce qui est le plus difficile à ramener à la mémoire consciente. Et c’est dans ses parties refoulées que le médiateur entre dangereusement en résonnance avec les éléments les plus noirs du monde interne des médiés.

Question 5 - Le pouvoir:

Le « Jeu du Roi » a pour sous-titre : Oser être : développez votre leadership naturel avec « Le Jeu du Roi/Reine »

Selon vous, en quoi le médiateur peut-il être renseigné sur son style de leadership au sein d’une médiation ?

Réponse :

Pour le médiateur, la médiation est un apprentissage continuel sur son monde intérieur et non sur son style de  leadership, ce qui serait assez superficiel. Il doit considérer l’hypothèse que la médiation en cours puisse être la mise en acte et le révélateur de ses propres scénarios plus ou moins conscients et répétitifs. Il a alors une chance de les reconnaître, de les intégrer et de les transformer en toute conscience. Dès qu’il ressent la moindre charge émotionnelle, cela lui signifie qu’il doit s’interroger sans complaisance. Il doit reconnaître les résonnances en lui, des parties en conflit devant lui. Plus ses séances de médiation deviennent fluides et réussies, plus cela manifeste qu’il est sur la voie d’une intégration profonde, sur la voie de la réalisation de son potentiel d’humanité.

Je me souviens de ce médiateur en entreprise en échec professionnel qui a participé à une formation complète du Jeu du Roi/Reine. Trop souvent et cela malgré toute ses bonnes intentions conscientes, il laissait l’entreprise derrière lui après son intervention dans un état de conflit très spécifiques : une partie des employés qui réussit à se réconcilier avec la direction et l’autre partie des employés en conflit contre ceux qui s’accordent avec la direction. Cela s’est déroulé systématiquement au cours des jeux au cours desquels il est monté sur le trône jusqu’à ce qu’il découvre qu’il rejouait sans cesse son scénario familial de base : la fratrie entrait régulièrement en conflit de rivalité pour obtenir l’attention et les gratifications du père.

Question 6 - La posture:

Quel est selon vous l’impact de la posture (soin donné à l’assise, ton de la voix, gestuelle, vitesse du phrasé, respiration, regard,…) sur la tenue d’une réunion ?

Auriez-vous une expérience à partager pour illustrer cela (*) ?

Réponse :

Pour qu’il y ait un impact positif sur un groupe de toute tentative d’ajustement de la posture physique de son leader, il faut qu’il y ait cohérence entre la posture interne et la posture physique. Si cette cohérence n’existe pas, l’effort même d’ajustement postural sera immédiatement vu et senti comme un manque de congruence et créera un malaise profond – souvent peu conscient, mais bien présent – pour les participants à la réunion, avec un rejet, ou tout au moins une difficulté d’acceptation, de la personne du leader ou du médiateur et de ses propositions. Le Jeu du Roi/Reine met continuellement cela en valeur, par exemple quand la personne qui monte sur le trône affirme que tout va bien, alors qu’en réalité, elle est morte de peur. Je me souviens d’une femme qui commence son jeu en affirmant combien elle veut créer un royaume bienveillant où tout le monde peut s’exprimer librement. Mais elle le dit sur un ton menaçant dans un discours fleuve qui prend presque toute la durée de son passage sur le trône.

Il y a une résonnance continuelle entre la posture du leader et la disposition des personnes dans la pièce. Cette disposition des personnes par rapport au médiateur, au président de séance, conférencier ou autre, a un impact très important sur celui-ci quant à son ressenti d’équilibre physique et émotionnel et même à son processus de pensée. Comment un conférencier se sent-il quand la salle est à moitié pleine avec tous les auditeurs au fond ? Si les auditeurs viennent tous se positionner sur les premières rangées, le conférencier délivrera certainement un bien meilleur discours que s’ils restent au fond. Cela joue un rôle important dans le déroulé des JDRR. Il nous est apparu de plus en plus important de terminer chaque psychodrame après le débriefing par la disposition la plus équilibré possible avec un nombre égal de participants dans chacun des archétypes. De la même manière toute séance de médiation devrait se terminer par une disposition quelque peu rituelle et solennelle avec chacune des parties représentée de façon digne et équilibrée pour la signature finale de l’accord. Cela s’inscrit dans la symbolique du cerveau et donne plus de chance pour le respect de cet accord. Dans le JDRR, le moment où les participants se placent de façon équilibrée, le roi ou la reine a tendance à se redresser et à se sentir confortable sur le trône. Il y a un réajustement automatique de sa posture, intérieure et extérieure. Egalement, quand un roi ou une reine se recentre et se redresse sur son siège, tout le groupe a tendance à se recentrer et à se redresser.

Ma partenaire et moi, nous avons découvert et mis en valeur dans nos formations, que de diriger la présence intérieure sur l’une ou l’autre des parties du corps, par exemple les pieds, l’abdomen ou le cœur, modifiait le ton de la voix, la force d’adhésion et même le contenu du message, qu’un leader donne à son groupe. Pour un médiateur, le seul fait d’être bien ancré, de respirer librement dans son abdomen et dans sa poitrine, d’avoir la tête bien posée sur ses épaules pour bénéficier d’une vue panoramique et pour regarder ses interlocuteurs dans les yeux, modifie les paramètres d’une médiation, l’élaboration et le contenu des propositions et finalement l’issue des négociations.

Question 7 - Connaissance de soi:

Tout comme un médiateur, en tant que thérapeute, vous êtes particulièrement en contact avec des personnes qui vous amènent des problématiques personnelles, des conflits.

Au travers de cela, que vous ont offert comme prise de conscience et connaissance sur vous-même vos années d’expérience en tant que thérapeute, animateur de groupe et formateur?

 Je redécouvre continuellement et met en œuvre en moi un mariage délicat entre deux attitudes apparemment opposées et en fait complémentaires : d’une part accueillir sans anticipation ce qui vient, ce cœur vide, donc disponible, dont parlent certaines écoles de sagesse, et d’autre part développer la vigilance du guerrier prêt à bondir pour l’action, acceptation du surgissement.

Je vis la nécessité de me considérer toujours comme un débutant, attentif à accueillir patiemment toutes les manifestations de la vie qui s’exprime. Plus qu’une prise de conscience ou une connaissance de moi-même, il me semble qu’avec l’expérience, je me dépose de plus en plus profondément en moi-même en acceptant d’être souvent dans l’ignorance absolue de ce qui va émerger comme émotions ou propositions de la part des participants. Le principal obstacle à la médiation est souvent le médiateur. L’obstacle au déroulement d’une thérapie est souvent le thérapeute, même dans sa volonté d’aider. Cela ne signifie pas qu’il faille se culpabiliser devant des échecs. Il y a des médiations impossibles et des personnes qui sont dans de tels processus de destruction qu’elles nous interdisent de les aider alors même qu’elle nous demande de l’aide. Je m’interroge continuellement sur les résonnances et répétitions entre les scénarios de mon monde interne et ce qui se déroule devant mes yeux quand je prends la responsabilité d’aider. Je sais de plus en plus que je suis le monde et qu’aucune des passions, des stratégies, des violences, mais aussi des amours et des tendresses, des créations et des renouveaux qui animent les humains, ne me sont vraiment étrangères. Je donne de la place en moi au monde qui souffre et je choisis d’être de ceux qui travaillent à sa guérison. Cela sans me fixer de limite et sans délire de toute-puissance.

Le plus grand bénéfice de ces quarante années de pratique professionnelle est de développer une écoute constante de ce qui se passe en moi, de mes ressentis les plus intimes qui me guident à tout moment. C’est la voie du guerrier, du Samouraï qui ne doit sa survie qu’à sa vigilance. En complémentaire à cette affirmation, ce travail m’amène à faire l’expérience de l’empathie, à développer ma capacité de tendresse et de respect pour toutes les expressions de la vie sur cette terre.

Si vous deviez citer un de ces contextes qui vous a profondément appris sur vous-même, quel serait-il et pourquoi (*)?

Ces contextes sont multiples. Chaque séance de groupe, chaque séance de thérapie individuelle peut devenir une expérience d’enrichissement pour tous les acteurs. La situation qui me met le plus sur la voie du guerrier pacifique et bienveillant, est sans conteste celle de l’animation des séminaires « qui suis-je ? » au cours desquels il faut demeurer en vigilance vingt quatre sur vingt quatre pendant trois jours. Cela m’enseigne la confiance en la réponse spontanée à l’imprévisible surgissant des processus en cours. Cette confiance n’est jamais complètement acquise et doit se renouveler dans la vigilance de l’instant, de tout instant. La situation la plus dramatique : un participant au « Qui suis-je ? » qui n’en peut plus, se rue sur moi en brandissant une chaise. Je lui ouvre mes bras dans un sentiment inattendu d’accueil bienveillant. La chaise me passe au-dessus de la tête et cet homme me tombe dans les bras où il peut pleurer une détresse qu’il portait depuis son enfance.

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