Le Jeu du Roi/Reine | Nouvelles gouvernances, l’exemple des Indiens de Colombie
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Nouvelles gouvernances, l’exemple des Indiens de Colombie

Nouvelles gouvernances, l’exemple des Indiens de Colombie

Posted by Dominique Vincent in Articles de presse 25 Aug 2013

El Amanecer de un Nuevo Tiempo,

L’aube d’une ère nouvelle,

IKARWA, Sierra Nevada de Santa Marta, Colombie,

Par Dominique Vincent

1er Septembre 2011,

Article non publié à ce jour.

 

J’offre ces mots en gratitude à notre mère la terre. Je les écris en contribution au travail de maintien de l’équilibre du monde et de la vie qu’effectuent les communautés indiennes de la Sierra Nevada de Santa Marta, les Kogis, les Arhuacos, les Wiwas et les Kankuamos. Je les adresse à tous ceux pour qui l’amour et la survie de la terre et de ses enfants se trouvent au premier plan de leurs pensées, de leurs intentions et de leurs actions.

Ceci n’est pas un journal officiel de l’évènement ni un compte rendu exact. Je n’ai pris aucune note au cours de ces quatre jours et j’écris de mémoire pour partager mes ressentis et mes découvertes. En fait, j’écris pour plusieurs sortes de lecteurs: D’une part pour ceux qui auraient aimé participer à cet évènement, qu’ils n’aient pu s’y rendre pour quelque raison que ce soit, peut-être tout simplement parce qu’ils n’ont pas été prévenus de sa tenue. D’autre part pour nos nouveaux amis de la Sierra Nevada, les indigènes et ceux qui travaillent en collaboration avec eux. Que ce texte leur permette de mieux nous comprendre, de sentir que beaucoup à travers le monde les soutiennent, de nourrir leur réflexion pour le futur. Enfin, j’écris pour tous ceux qui se sentent concernés par le devenir des sociétés indigènes primordiales et non « primitives », et pour tous ceux qui s’inquiètent du devenir de notre planète. Nos avenirs sont liés. A tous, merci de me lire.

 

En Route

Une fois de plus, je suis dans l’avion. Cette fois-ci, ce n’est pas vers l’est, vers l’Orient, l’Inde, la méditation, mais vers le nouveau monde, l’Amérique Latine, la Colombie. Ma compagne Marie-Anne, et moi-même, Dominique nous sommes en route vers la « Sierra Nevada de Santa Marta ». Nous répondons à l’appel des peuples premiers de ce pays. « La terre est en grand péril. Nous n’avons plus la force suffisante pour la maintenir en vie. Nous avons besoin de la contribution des « petits frères » – c’est ainsi qu’ils nomment tous les autres peuples. » Depuis des temps immémoriaux, ils considèrent avoir reçu de leurs pères, la responsabilité de gardiens de la terre, vivant au cœur du monde, la Sierra Nevada, chaîne de montagnes qui a effectivement la forme d’un cœur. Nous répondons à leur appel pour un rassemblement des quatre nations de la Sierra, les Kogis, les Arhuacos, les Wiwas et les Kankuamos. Plus d’une centaine de leurs sages, les Mamos, et une soixantaine de petits frères de toutes origines ethniques devraient participer à des cérémonies, des prières, des rituels pour la guérison de la terre, et mettre leurs réflexions et leurs forces en commun. Nous faisons partie de ces privilégiés et nous en portons la responsabilité. Nous sommes déjà profondément engagés depuis de nombreuses années, je pourrais dire depuis notre enfance, dans des processus qui visent à la sauvegarde de la vie sur terre. Nous sommes prêts à écouter leur message du mieux que nous pourrons et à le répercuter en Europe.

Lundi 15 Août 2011, vol 422 Paris-Bogota. Assis sur mon siège, je réfléchis sur mes intentions. Je désire participer aux rituels pour la terre, m’y impliquer avec toute la force de conscience et d’amour dont je suis capable. Je ressens toute la valeur de leur invitation, de ce que cela représente de dépassement de leurs extrêmes souffrances, leurs frustrations et leurs rancœurs envers ces peuples qui les ont détruits. En tant que Français, aux côtés des Espagnols, des Anglais, des Portugais,  des Américains du nord, nous sommes responsables d’un génocide presque total, humain et culturel, des premiers habitants des Amériques, génocide qui, en certains lieux, se poursuit encore de nos jours. De 500 000 à 1 000 000 d’Indiens vivaient dans la Sierra quand les Européens sont arrivés il y a environ 500 ans. Il n’en reste qu’une cinquantaine de mille. Bien sûr, on ne peut affirmer que tous ont été massacrés. Les maladies apportées par les européens seraient responsables de plus de morts que les guerres. J’ignore aussi combien se sont adaptés tant bien que mal en se mêlant aux envahisseurs de gré ou de force. Cependant, beaucoup sont morts au cours de guerres indigènes et en étant mis en esclavage dans les mines de métaux précieux.

Le métissage a été très important pour l’assimilation à la culture dominante des envahisseurs. La civilisation de la Sierra fut une des plus grandes et des plus sophistiquées de l’Amérique précolombienne, aux côtés des Mayas, des Aztèques et des Incas, ce que les archéologues et anthropologues sont en train de découvrir depuis peu. Les vestiges sont éloquents : Une ville retrouvée dans la jungle, “la Ciudad Perdida”, la cité perdue, l’art et l’artisanat, de nombreuses sépultures souvent en cours de pillage, et aussi une spiritualité, une vision du monde où la relation à la terre vivante tient une place majeure. Cette spiritualité, nous en avons tant besoin au moment où il nous faut faire le bilan des destructions dues à notre mode de vie dévastateur… Je me mets à leur place. J’essaie de ressentir ce qu’ils peuvent ressentir en nous voyant arriver chez eux, ou plutôt dans ce qu’il reste de leur chez eux, quelques fragments perdus dans les parties les plus inaccessibles de la montagne. Quelles hécatombes, quelles humiliations, guerres, maladies, spoliations de terres en 500 ans d’histoire ! Certains, particulièrement les Kogis, se sont réfugiés dans les parties les plus désolées de la Sierra pour ne pas être assimilés, pour préserver leurs traditions, leur mode de vie et pour continuer à exercer la fonction que leur ont donnée leurs pères : maintenir l’équilibre du monde.

Mon intention est bien de rencontrer ces indiens, de me rendre assez disponible pour qu’ils sachent que je reconnais que la mission qu’ils assument est aussi la mienne. J’y vais aussi pour contribuer à une réconciliation fondamentale en reconnaissant du fond du cœur qu’ils ont quelque chose à m’apporter, à m’enseigner quant à ma relation à l’univers, à la nature, à la terre mère. De reconnaître qu’ils ont quelque chose d’essentiel à nous transmettre, peut les aider, je l’espère, à se réapproprier toute la valeur de leurs connaissances après ces siècles d’arrogance et de destruction. J’y vais pour apprendre, ouvert à me laisser transformer au sein du champ d’énergie de la Sierra qu’ils protègent de tous leurs soins.

Je souhaite profiter de cette rencontre pour approfondir auprès d’eux mon lien intime avec la terre, les éléments, le soleil et tous les astres du ciel, et finalement, avec mon propre corps, mon propre cœur. Il y a bien des années, j’ai reçu d’un chamane formé au Pérou, Paul Goodberg, le premier degré de l’initiation de ceux qui font tomber la pluie. Cette première étape consiste à comprendre qu’il ne s’agit pas d’établir un pouvoir quelconque sur les éléments, ce qui est la vision de l’homme dit moderne, mais d’ouvrir sa sensibilité, de retrouver son lien de cœur avec tous les êtres de la nature. Nous sommes à l’extrême opposé des technologies actuelles de contrôle du climat. Paul Goodberg m’a enseigné une méditation du cœur à cœur avec tous les êtres de la nature. Cette méditation fait toujours partie de ma pratique quotidienne et ne cesse d’ouvrir de nouveaux espaces intérieurs. J’ai grande envie de poursuivre mon chemin sur cette voie auprès de nos hôtes. Chez les Kogis, l’apprenti Mamo peut passer jusqu’à 18 années de sa vie dans des grottes sous la direction de maîtres pour communier avec la terre mère, pour se nourrir des mystères de la vie, de la terre, de l’univers. Ils ont certainement bien des mystères auxquels nous initier. Je désire continuer auprès d’eux la quête qui m’a mené plus de 20 fois sur les routes de l’Inde. Cela ne pourra qu’enrichir mes échanges avec mes amis et partenaires, mes clients, les participants des séminaires de formation que j’anime avec Marie-Anne.

Voilà l’essentiel de mes intentions, auxquelles il faudrait ajouter mon désir d’apporter ma contribution à la préservation de leurs territoires menacés plus que jamais par de grands projets hydroélectriques et miniers. Je veux participer aussi dans la mesure de mes moyens au rachat légal d’une partie de leurs terres actuellement occupées par des paysans colombiens. Nous sommes le lundi 15 Août 2011. La première rencontre est prévue pour demain soir à l’hôtel Sonesta de Valledupar aux pieds de la Sierra. Après, je ne sais pas.

Arrivée

Bogota. Il fait frais. Nous sommes à 2600 mètres. De grands « Bienvenido » partout dans l’aéroport. L’accueil est chaleureux, même de la part des douaniers et des forces de sécurité. Dans la navette qui nous mène vers l’aéroport des lignes intérieures, les couples se donnent davantage de marques d’affection que dans les autobus français. Aéroport de Valledupar, notre point d’arrivée, petite ville aux pieds de la Sierra. Il fait nuit. Un peu d’inquiétude. Comment gérer les taxis ? Les chauffeurs sont-ils comme à Bombay, avides de profiter des touristes ? Non, tout se passe bien, et nous arrivons sans encombre à notre hôtel, fatigués mais contents. Il fait chaud. Nous sommes proches de l’équateur et pas beaucoup au-dessus du niveau de la mer. Le soleil se couche à 6 heures mais il se lève aussi à la même heure le matin. Décalage horaire oblige, nous entendons les premiers chants d’oiseaux qui semblent lutter en volume avec le bruit du trafic, qui lui aussi commence de bonne heure. Deux mondes tellement différents, celui de la technologie et celui de la nature. Je me concentre sur les oiseaux qui jacassent en groupes bruyants : Une foule de perruches ou de petits perroquets au vert lumineux. Tout autour, les monts de la Sierra semblent nous attendre!

Promenade dans la ville, quelques achats. J’aperçois les premiers indiens en costumes traditionnels, un homme et deux femmes en longues tuniques blanches, leurs mochillas – sacs traditionnels dans lesquels ils portent quelques objets personnels -. L’homme frotte son poporo en marchant. C’est une pièce de bois qui contient une cavité dans laquelle se trouve de la poudre de coquillages. Avec une baguette ils frottent régulièrement cette pièce de bois pour les aider à se concentrer. Avec le bout de cette même baguette, ils portent à leur bouche un peu de poussière de coquillages pour activer l’effet des feuilles de coca qu’ils mâchonnent de temps en temps, plante sacrée qui les aide à rester concentré et à mieux oxygéner le cerveau, surtout quand ils se trouvent en altitude. Cela n’a rien à voir avec les effets de la cocaïne concentrée et transformée chimiquement. Je m’arrête un instant pour les regarder, images d’un monde révolu qui porte peut-être en lui-même la promesse des renouveaux nécessaires pour l’humanité. Trois heures de marche sur les bords du Rio, la rivière qui longe tout un côté de la ville. Belle eau claire qui descend des montagnes, mais aussi des bouteilles et des sacs de plastiques partout. Même des décharges au bord de l’eau. Décidément l’homme blanc ne respecte pas mère nature. Des oiseaux, des papillons, des lézards de toutes tailles…

Nous voici de retour en ville. Passage par la « Casa Indigena », lieu du départ prévu pour après-demain matin. Quelques groupes d’Indiens en costumes traditionnels. Nous sommes sur une route passante et bruyante. Nous prenons un verre de jus d’orange dans une minuscule buvette. Un indien achète une grosse bouteille de coca-cola. Cela me fait mal au cœur. Les aspects noirs et destructeurs de notre civilisation pénètrent partout. Assis à côté de nous, deux femmes et une petite fille de 7 ou 8 ans, je me laisse apprivoiser. Ma première constatation, c’est que, auprès d’eux, le temps s’est ralenti. Je ferme les yeux, je ressens. Je vis la même impression que j’ai eu il y a bien des années quand je suis allé animer un séminaire aux îles de la Madeleine au large des côtes de la Gaspésie au Québec. Des gens qui parlent peu mais qui sentent. Ils sentent comme il faut sentir quand on est sur un bateau de pêche, la houle et le vent, la couleur du ciel et celle de l’eau. Comme il faut sentir aussi quand on vit dans la forêt pour percevoir où sont les animaux dont certains peuvent être dangereux et pour trouver les plantes qui nourrissent ou qui guérissent.

Nous voilà de retour à l’hôtel sans que nous n’ayons échangé aucun mot avec eux. Pour l’instant sentir, cela suffit. Un poisson grillé, une salade de choux avec quelques morceaux d’avocat et je tombe dans mon lit pour, cette fois, un long sommeil réparateur. Pas besoin de régler le réveil, les oiseaux s’en chargeront bien.

Jour trois

Une autre journée pour se reposer, s’adapter, s’apprivoiser à la Colombie. Pratiquer un peu d’Espagnol, se promener dans les rues bruyantes et animées du centre ville, découvrir la cuisine du Pays. Derniers achats : Un grand chapeau de paille pour me protéger d’un soleil qui se révèle féroce entre des orages assez fréquents. Deux matelas de camping car nous avons oublié les nôtres en France. Enfin l’hôtel Sonesta pour rencontrer le groupe et enregistrer notre présence. Nous découvrons que nous serons beaucoup plus nombreux que nous ne l’avions imaginé.

Nous voici sur les bords de la piscine de l’hôtel Sonesta. Nous sommes environ 150 invités en terre indienne en provenance de 23 pays. Sont présents des « ainés » invités d’autres communautés indiennes d’Amérique et aussi des représentants du Japon et d’Australie : Un prêtre Inca en costume traditionnel qui a passé 90 heures en autobus pour rejoindre le rassemblement en provenance de la Cordière des Andes Equatoriennes. Un Maya du Guatemala, Cristobal, un autre Maya du Mexique, Pedro Pablo. Un couple, homme et femme médecine d’une petite tribu du Grand Canyon des Etats-Unis en costumes traditionnels. Pauline, une grande dame imposante et digne, apparemment très âgée qui se déplace avec sa canne, représentante Maori. Nous apprendrons plus tard qu’elle s’est engagée toute sa vie pour la défense des droits de son peuple en Nouvelle Zélande et aux Nations Unies. Une Japonaise, prêtresse chamane des premiers habitants d’Okinawa. Un guérisseur Japonais. Jasmuheen aussi, cette femme Australienne connue internationalement pour ne s’être nourrie essentiellement que de lumière ou de Prana depuis une vingtaine d’années. Elle a été une des inspiratrices de cette rencontre après qu’elle ait rencontré des membres des communautés Kogis et Arhuacos il y a un an ou deux. Ceux-ci l’ont immédiatement reconnue pour sa sagesse et son énergie et lui manifestent fréquemment toute leur confiance.

Une fois inscrits, nous faisons connaissance avec quelques uns des participants. Je m’approche un peu de l’Inca qui me semble particulièrement ouvert et avenant. J’observe les quelques Indiens présents. Quelques minutes plus tard, nous entrons dans la salle de conférence de l’hôtel. Le porte parole des Arhuacos, Callisto, ouvre les présentations avec traduction en espagnol par Sebastian et en anglais par une excellente traductrice dont j’ai oublié le nom. Je m’en excuse auprès d’elle… Cette obligation constante de double traduction rend les échanges souvent laborieux. La soirée donnera surtout lieu à des informations pratiques.

Ikarwa

8 heures du matin. Nous arrivons à la « casa indigena » avec toutes nos affaires, tente y compris. Tout le monde est au rendez-vous. Deux camionnettes pour les bagages, des minibus et nous voilà en route pour Ikarwa. C’est tout près de Valledupar. Quelques kilomètres de route goudronnée, puis, à gauche, nous prenons une piste à peine marquée sans aucune indication. Nous traversons quelques pacages. La terre semble très pauvre, caillouteuse. Puis la forêt, luxuriante. Notre bus cale, le moteur refuse de redémarrer. Tout le monde à terre et nous poussons le bus à reculons dans le sens de la descente. Embrayage, c’est reparti, tous à bord. Un portail rudimentaire, une profonde émotion monte en moi, je retiens mes larmes. Deux enfants en costume traditionnel nous font des gestes d’accueil avec de grands sourires. Nous apercevons les toits de chaume des huttes du village. Nous sommes en terre indienne.

Nous descendons du car. Un vaste terrain ombragé a été dégagé pour la réunion avec des chaises de plastique blanches disposées en un immense rectangle. Nous apercevons les silhouettes blanches d’un groupe important d’Indiens sur une petite colline à quelques dizaines de mètres. Quelqu’un nous informe que ce sont les Mamos qui se préparent à nous recevoir et qui bénissent et nettoient les lieux pour la rencontre. Nous sommes bientôt invités à nous rendre sur cette colline où ne reste plus qu’un d’entre eux qui nous attend. Rituel de purification : distribution à chacun de deux petits morceaux de coton à tenir dans la paume de chaque main. En quelques mots, nous sommes invités à mettre toutes les pensées négatives qui nous ont encombrées avant d’arriver dans le coton de la main gauche et toutes nos intentions positives concernant la réunion dans la main droite. Les bouts de coton sont ensuite ramassés et nous sommes invités à aller installer nos tentes sur un petit terrain qui vient d’être dégagé pour nous à proximité immédiate.

Les conditions matérielles

Notre séjour à Ikarwa n’a vraiment rien du club Méd. Inconfort total. Deux douches froides rudimentaires, chacune un tuyau, un robinet, pour une centaine de personnes. Même sous l’équateur, une douche froide reste une douche froide, surtout la nuit. Le terrain est caillouteux et les matelas de camping sont vraiment minces. Il faudra oublier l’espoir de bonnes nuits réparatrices. Toilettes sèches, elles aussi rudimentaires. Mais le pire ce sont les moustiques. Comme le dira avec humour Ruth, une des femmes Arhuacos qui s’occupe entre autres, de l’organisation matérielle, et de notre bien être : « Nos moustiques vous aiment beaucoup”. En fait de moustiques, il y a bien ceux que nous appelons moustiques en France, mais il y aussi d’autres insectes minuscules à peine visibles qui semblent se régaler de notre sang. Après, ça gratte et, pour ceux qui réagissent le plus, ça enfle, ça cloque… Les réunions qui durent des heures se font sur les chaises de plastique qui deviennent rapidement très inconfortables. Avec l’immobilité, la chaleur et les moustiques mes chevilles me font souffrir de plus en plus. Elles ne m’ont jamais paru aussi énormes. Par contre la nourriture, très simple, est excellente.

En comparaison, je regarde les Indiens. Ils peuvent rester des heures sur leurs chaises sans broncher, simplement présents à nous observer, nous ressentir. Jamais je ne les ai vus s’assoupir au cours d’une réunion. La nuit, ils semblent pouvoir dormir profondément n’importe où et dans n’importe quelles positions. J’en ai vu un le faire sur un tronc d’arbre, couché à plat ventre, bras et jambes pendant de chaque côté. Une averse ne les réveille pas, mais, à l’heure prévue, ils se secouent et sont prêts à participer activement aux échanges. Il est évident que leur mode de vie ne contribue guère, ou même pas du tout aux déséquilibres écologiques de la planète : Maisons sommaires au sol de terre battue et au toit de chaume, hamacs, mochillas, sacs qu’ils portent continuellement en bandoulière et qui contiennent toutes leurs possessions quand ils se déplacent, et vêtements, tout en fibres naturelles, cuisine rudimentaire au feu de bois mort ramassé à proximité,  légumes et fruits du jardin et de la forêt, déplacements internes à la Sierra à pieds, transport des marchandises sur leurs dos ou avec des mules, des ânes et de petits chevaux…

Un moment historique

La première réunion est impressionnante. A peine nos tentes sont-elles montées que nous recevons le message : Les Mamos vous attendent. Les hommes Arhuacos sont assis  en silence. Nous ne savons pas qui est Mamo et qui ne l’est pas. Se trouvent avec eux les deux traducteurs, la femme dont j’ai oublié le nom pour l’anglais et l’espagnol et Sébastian, qui est Arhuaco,  pour l’espagnol et la langue des Arhuacos. De temps en temps ils frottent leurs « poporos » et mâchonnent quelques feuilles de coca, la plante sacrée de la Sierra qui doit leur apporter plus de clarté mentale et plus de résistance. Nous nous asseyons en face d’eux avec un grand espace ouvert entre eux et nous. Les femmes et les enfants de la communauté sont assis en groupe compact sur notre droite. Les chaises sur notre gauche sont moins occupées. S’y trouvent les Wiwas, dont un de leurs Mamos et son traducteur, quelques femmes et un groupe d’enfants. Marie-Anne et moi, nous nous sommes assis au premier rang, bien décidés à ne rien manquer. Mon intention est de rester centré le plus constamment possible dans mon cœur, d’être réceptif intellectuellement et surtout énergétiquement pour que leur champ d’énergie m’impacte et m’informe, de me joindre à tous ceux qui maintiennent la qualité vibratoire du champ dans lequel se déroule la rencontre. Je m’y efforcerai de mon mieux pendant ces quatre jours.

Quelques mots de bienvenue : Mamo Kuncha, le plus ancien et le plus respecté des Mamos, situe la rencontre. Leur territoire est plus menacé que jamais, un grand projet hydroélectrique pourrait engloutir d’immenses surfaces où se trouvent plusieurs de leurs sites sacrés, lieux d’offrandes et de cérémonies pour la terre. Des projets miniers sont ressentis comme tout aussi dangereux. Certains sommets, lieux sacrés par excellence, deviennent le siège d’immenses antennes de communication et les terrains autour d’elles seraient minés pour empêcher les indigènes de les démonter. C’est la première fois qu’ils invitent sur leurs terres des représentants d’autres communautés indiennes de l’ensemble des Amériques et des « petits frères » de tous les continents. Ils attendent de la rencontre de faire connaissance avec nous et de participer tous ensemble à des cérémonies dans le but de rétablir l’équilibre de notre planète. Ils se disent aussi prêts à répondre à nos questions pour que nous comprenions mieux leur mode de vie.

L’ambiance est solennelle. Chacun des « ainés » des autres communautés est invité à se présenter. Ensuite les représentants de chaque pays sont invités à parler. Marie-Anne et moi sommes les seuls français présents. Très ému, je prends la parole. J’exprime combien nous sommes reconnaissants d’être invités chez eux. Nous sommes conscients d’être les citoyens d’un pays qui fait partie des nations européennes responsables du génocide physique et culturel de nombreuses communautés indigènes à travers le monde. Je reconnais que ces crimes continuent de se perpétrer actuellement de par le monde. J’affirme que nous avons visité de nombreux pays mais toujours pour apprendre et non pour enseigner quoi que ce soit dans l’attitude prétentieuse de ceux qui savent. Nous sommes venus à cette rencontre pour apprendre et pour contribuer par tous les moyens possibles à la guérison de la terre. Nous sommes conscients de l’urgence absolue de la situation, non seulement pour les communautés de la Sierra mais aussi pour la planète entière dont les équilibres fondamentaux sont rompus. Je leur dis l’émotion ressentie en pénétrant sur leur territoire, l’impression de rentrer chez moi malgré toutes les différences culturelles.

Mes propos seront d’une autre façon développés dans les jours suivants, d’abord par l’intervention d’une allemande, puis par la cérémonie menée par l’Inca. Cette allemande exprimera combien elle comprend la méfiance qu’elle ressent dans les paroles et l’attitude de Mamo Kuncha. Les représentants de nos pays sont toujours venus chez eux pour exploiter leurs ressources et pour détruire leur culture. Au nom de nos pays, elle demande pardon. Elle dit aussi espérer qu’ils puissent reconnaître nos intentions et que nous participons, chacun dans notre pays, aux mêmes préoccupations et au même travail de sauvegarde de la terre qu’eux. Pour ce qui est de l’Inca, j’en parlerai plus loin quand je rendrai compte de la cérémonie qu’il a menée.

Un incident très instructif a marqué la fin de la première journée. Cristobal du Guatemala a pris la parole, un long monologue qui m’a semblé intellectuel et sans fin sur le calendrier Maya. Plusieurs d’entre nous dont, je dois l’avouer, je faisais partie, ont commencé à s’impatienter et à lui demander de se taire : Nous sommes ici pour l’enseignement des Mamos, pas pour un cours sur le calendrier. Comme les interventions se sont faites très rapidement en anglais et en Espagnol, les Arhuacos n’ont d’abord pas compris de quoi il s’agissait. Quand ils ont été mis au courant par leur traducteur, ils nous ont immédiatement remis à notre place : « Cristobal est un ainé, il est notre invité. Personne ne coupe la parole à quelqu’un tant qu’il n’a pas fini de parler. » Quelle leçon d’écoute et de non jugement pour nous ! J’ai pu en mesurer tout le contraste en arrivant en France: dans l’aéroport, sur un écran géant je regarde quelques minutes un débat télévisé. Je n’y vois aucun effort, même aucune intention, d’écouter l’autre, de le respecter, de l’aider à mettre son point de vue en valeur pour mieux le comprendre. Je ne vois qu’opinions et jugements déjà coulés dans le béton avant tout débat. Je ne vois que manipulations, tentative d’écraser l’autre, de lui couper la parole, de le ridiculiser.

Les réunions

Ma première impression des réunions, c’est l’impact énergétique. Les Arhuacos sont là, complètement là, centré, souvent silencieux. Je les sens nous observer, nous ressentir, nous inviter silencieusement à une communion des cœurs et à une transformation commune. De toute mon âme, je m’ouvre à ce champ d’énergie, je me prête aux transformations qui s’opèrent dans nos profondeurs. Vous êtes là. Je suis là moi aussi, et je permets à la magie d’opérer. Nous tissons ensemble un réseau, une toile d’amour pour envelopper et guérir la terre, pour toucher le cœur du plus grand nombre possible d’humains. Que la transmission et l’apprentissage se fassent à son rythme. Que les fruits de cette transmission émergent des profondeurs insondables de nos êtres, comme la plante émerge des profondeurs de la terre où la graine a été déposée.

Au cours des rencontres, les Arhuacos ont tenu à nous transmettre leur vision du monde et la conception qu’ils ont de leur travail. La relation à la terre mère et le maintien de l’équilibre du monde sont certainement les aspects que les Mamos ont tenu à nous rappeler avec le plus d’insistance, une relation qui est fondamentalement d’amour et de gratitude. Cela concerne d’abord le rapport aux quatre éléments constitutifs de la création, l’eau, la terre, le feu et l’air. De leur équilibre la vie dépend, celle de la terre, la nôtre. Beaucoup d’entre nous le savent intellectuellement. Le réaliser dans ses ressentis quotidiens est toute autre chose. La véritable écologie commence quand le cœur en devient conscient.

Ils ont aussi tenu à nous informer sur leur mode de vie et à entendre nos ressentis sur ce qu’ils nous apportaient. Je vous livre ici les réflexions qui me sont venues après les cérémonies et surtout en résonnance avec ces heures passées ensemble sous les arbres au bord du feu, dans les eaux claires et fraiches du rio, en me réchauffant au soleil du petit matin, – ils nous font nous lever à 5 heures -, pendant des marches silencieuses et en mangeant les fruits et les légumes de leurs jardins.

L’eau, c’est le sang de la terre. Tout son cycle en est un de fécondation, de nourrissement, de régénération. Dans l’océan, elle est la matrice universelle. Dans les nuages, elle reçoit l’information et l’énergie du père soleil. Par la pluie, elle féconde et nourrit tous les êtres vivants, plantes, animaux et humains. Dans les cours d’eau, elle s’oxygène, se nettoie, se régénère dans les vortex des chutes et des tourbillons. Mon corps fait partie du cycle de l’eau : Elle me traverse et circule sans cesse dans mes veines et mes artères, elle baigne toutes mes cellules. Elle agit en moi de façon similaire à son cycle terrestre, animée par l’énergie feu du cœur, chargée d’oxygène dans mes poumons, de nourriture dans mes organes de digestion, nettoyée dans mes poumons, mon foie, mes reins et ma vessie. La pluie résonne sur la toile de tente et berce mes rêves. Elle me donne ses caresses douces et tièdes au cours de mes promenades dans la Sierra. L’eau des rios est particulièrement fraiche, elle descend directement des neiges et des pluies qui tombent sur les hauts sommets. Le sang coule sans cesse dans mes veines sous les pulsations de mon cœur, ce qui ne se perçoit que dans une présence intime à moi-même.

Le feu, c’est d’abord le soleil auquel sont reliés tous les feux que nous allumons pour nous réchauffer et pour nous éclairer. Un aspect moins connu dans notre culture est de considérer le soleil comme source de l’information qui crée la vie sur terre. L’œil est l’organe solaire par excellence, dont la pupille est la seule forme parfaitement circulaire de tout le corps, si l’on excepte les globules rouges qui donnent sa couleur au sang et qui transportent l’énergie feu dans tout le corps. Depuis mon enfance j’ai toujours eu envie de fixer le soleil quand il émerge au petit matin ou quand il disparait le soir derrière la ligne d’horizon. J’ai appris plus tard que certains chamanes sont capables de fixer le soleil directement même en plein midi sans se brûler la rétine pour demander au soleil de les enseigner, de les ré-informer directement. Certains yogis en Inde que l’on appelle les mangeurs de soleil se satisfont de ses rayons comme seule nourriture. Ma vie dépend du père soleil. Il me réchauffe, me recharge et me ré-informe continuellement. Ici, à Ikarwa, j’éprouve particulièrement sa force et je dois me protéger de ses brûlures.

L’air est la messagère. Elle occupe tout l’espace de la surface de la terre. Elle permet le voyage, de l’eau dans les nuages, des oiseaux et maintenant des humains dans le ciel. Elle fait le lien entre la respiration des plantes qui génèrent de l’oxygène et celle des animaux qui utilisent cet oxygène et redonnent du gaz carbonique nécessaire aux plantes. Elle pénètre dans mes poumons au plus profond de ma poitrine. A chaque respiration, je suis en communion avec cet élément qui m’aide à ouvrir mon espace intérieur dans un grand souffle de vie.

Enfin l’élément que nous appelons terre, l’humus, le sol, qui est le support de toute vie terrestre. C’est là que, de façon comparable à l’océan, se développe une myriade de formes de vie variées à l’infini. Mon corps est la chair de la terre. Chaque fois que je mange, fruits, légumes, poissons ou animaux de toutes sortes, je suis en communion avec d’autres formes de la chair de la terre avec toute l’information et l’énergie qui s’y trouvent contenues.

Emerveillement, gratitude et respect sont de mise devant de telles merveilles ! Je peux affirmer que je sais tout cela depuis longtemps mais ici je rencontre des humains qui le vivent dans tous les instants sans aucun des artifices de la vie moderne qui nous en éloignent. Il m’a fallu de nombreuses années pour valider et honorer, pour reconnaître profondément ces sentiments que j’éprouve depuis ma petite enfance. Maintenant, avec ces indiens, je m’ancre tranquillement dans la reconnaissance que la terre est à proprement parler une entité à part entière, avec sa vie propre, ses émotions, ses réactions. La terre est une mère qui aime ses enfants et qui a besoin pour survivre d’être reconnue, aimée et honorée par eux. La terre est une mère qui souffre de notre ingratitude, qui souffre des violences que nous nous infligeons les uns aux autres et que nous infligeons aux autres êtres de la nature.

“La terre ne peut être réduite à un simple espace géophysique à même d’être exploité sans limites. C’est un système vivant, dans lequel l’homme a autant d’importance qu’un arbre, une plante, un animal. Il faut donc en permanence en maintenir les grands équilibres. C’est la mission des Kogis.” (Eric Julien) Et des autres indiens de la Sierra.

Le troisième jour de la rencontre, j’ai pu savourer un moment de bonheur intense. Il faisait chaud, humide, j’avais les pieds enflés comme des patates. Marie-Anne et moi, nous nous sommes éloignés sur un chemin creux et avons rencontré un petit ruisseau qui offrait un peu de fraicheur. Une jeune femme avec un bébé dans les bras et deux petites filles un peu plus âgées étaient là silencieuse au bord du Rio comme au milieu de nulle part. Nous nous sommes assis sur une pierre à quelques mètres d’eux les pieds dans l’eau. Le murmure de l’eau claire, sa fraicheur, leur présence silencieuse entièrement fondue dans la magie du lieu, des oiseaux, la nuit qui tombe. L’harmonie, l’équilibre éternel des choses, est une évidence, et j’en fais partie. Moments de pur bonheur.

L’équilibre de la vie est fragile. Le rôle spécifique de l’homme est d’en comprendre les implications et d’agir pour le préserver. Tout changement en un point quelconque de l’univers affecte tous les autres. Partout sur cette terre, une action inconsidérée quelque part peut provoquer des maladies de l’autre côté du globe. Les Mamos sont formés pour la maintenance de cet équilibre. Ils savent écouter tous les membres de la communauté. Ils savent reconnaître les signes donnés par la nature, dont l’astrologie, et, en conséquence, ils peuvent éclairer leur communauté dans ses prises de décision. En cas de rupture d’équilibre, ils interviennent de plusieurs manières : par des cérémonies et des offrandes, par des actions complémentaires et correctives et par un travail intérieur qui rappelle celui du thérapeute. Ainsi, quand un conflit s’est déclaré, le Mamo du village va convoquer les protagonistes, les écouter les uns après les autres. Ensuite, il les mettra face à face et les fera s’exprimer à tour de rôle jusqu’à ce que l’équilibre soit retrouvé. Cela ressemble étrangement à notre travail de thérapie de couple, de thérapie familiale et de processus de résolution de conflit.

Ce que les Mamos font dans leur village, ils se sentent responsables de le faire également à l’échelle du monde car tout est intriqué au sein de la terre mère. Ils savent, par les signes qu’ils discernent actuellement, que la terre, ainsi que les relations entre les êtres humains, est au plus mal. Ils savent que la vie ne peut se maintenir que par un retour à l’équilibre qui n’est possible que par une prise de conscience, un changement majeur, à l’échelle de la planète. Ils le savent et, maintenant, ils le disent. Jusqu’à maintenant, ils se sentaient capables de maintenir un champ suffisant pour relier dans l’amour tous les êtres. Ils ne suffisent plus à la tâche et ont besoin que le plus grand nombre possible de « petits frères » se joignent à eux. Ils nous invitent à rêver et à construire le monde d’harmonie dont nous avons tous besoin.

La préoccupation majeure de notre rencontre tourne donc autour de notre mère la terre et autour de l’équilibre du monde. Un autre aspect de leur vision sera signalé : Aluna, le mot qu’ils utilisent pour désigner l’âme du monde, le champ de la cohérence universelle, la source et la totalité de l’univers, l’équivalent du Brahman des Hindous. La différence avec la spiritualité européenne et orientale est énorme : L’amour et le respect de la terre sont mis au premier plan. Chez les chrétiens, les bouddhistes et les Hindous, en fait dans la majorité des spiritualités, Dieu, le principe premier, et la recherche de l’absolu sont mis au premier plan aux dépens du corps et de la terre qui, parfois, sont même considérés comme mauvais. Il faut s’élever au-dessus du monde matériel, le transcender. Pour ma part, c’est dans l’Hindouisme de Bali et dans le Tantra que j’ai déjà pu vivre ces émotions profondes envers la terre, matrice de vie. Cette compréhension a toujours été prédominante chez tous les peuples premiers d’Amérique, d’Afrique et d’Asie, ceux que l’on appelle animistes, souvent avec une connotation de mépris. En Europe cette perception a été presque entièrement détruite sur les buchers de l’inquisition. La culture européenne dominante continue son œuvre de destruction dans de nombreux pays, mais la tendance est en train de se renverser. De nombreux écrits, de nombreux projets aussi, remettent la vie et les vrais besoins au premier plan. Il y a maintenant une multitude de personnes qui accèdent à ces perceptions. La rencontre d’Ikarwa est l’un des nombreux signes de ce changement dont notre survie dépend.

Les cérémonies

Plusieurs cérémonies ont lieu, menées par les « ainés ». Le matin du deuxième jour Cristobal nous a guidés dans un rituel de réconciliation avec la terre et les éléments. Le couple du Grand Canyon a accompli devant nous la danse du grand Condor, l’oiseau divin qui, à l’origine des temps, a distribué les humains sur tous les continents. Elles furent toutes très belles, mais je m’attarderai sur les trois cérémonies qui m’ont le plus touché, deux avec Kazumi Ooishi, la chamane d’Okinawa et une avec Naupany Puma, l’Inca, prêtre du soleil, qu’il a menée en compagnie de Pedro Pablo, notre ami Maya du Mexique.

Commençons par cette dernière. Il est cinq heures du matin. Nous sommes tournés vers l’est dans l’attente de l’apparition du soleil. Toute la communauté Arhuacos est là, les femmes, les enfants, les hommes, Mamos ou non, et les invités des 23 pays. Nous nous laissons imprégner, informer par les premières lueurs du soleil qui bientôt, va se lever. Pedro Pablo dispose un certain nombre d’objets rituels en direction du soleil pour l’accueillir. Nous nous dirigeons ensuite vers le feu qui représente l’énergie du soleil sur terre. Naupany nous raconte que, pour terminer son initiation comme prêtre du soleil, il a entrepris un long périple de trois ans tout autour de la terre. En traversant l’Europe, il s’est rendu compte qu’il pouvait aimer ces peuples qui ont détruit sa culture, exploité et massacré ses ancêtres, des millions de personnes. Il affirme que les temps de la réconciliation sont venus. Nous sommes invités à présenter nos offrandes au soleil. Les hommes de la Sierra reçoivent une pincée de feuilles de coca, leur plante sacrée et les autres, hommes et femmes, reçoivent quelques graines de maïs, la graine solaire par excellence, couleur de l’or, symbole d’abondance. Naupany nourrit le feu d’objets symboliques dont je ne peux me souvenir du détail. Nous venons en procession déposer dans les flammes les feuilles de coca et les grains de maïs en offrande au soleil. Toute graine est le symbole de la rencontre amoureuse de la terre et du soleil et de la mémoire que la terre en conserve. Le panier qui contient les graines de maïs circule de nouveau. Nous en recevons chacun une petite poignée pour les emmener dans notre pays. Certains chamanes des Amériques gardent toujours quelques graines de maïs dans un petit sac attaché atour du cou. Je les prends soigneusement. Elles sont maintenant sur ma table de travail et, le printemps prochain, je les confierai à la terre de mon jardin.

Le discours de Naupany et ces gestes rituels font remonter en moi des émotions intenses de tristesse et de gratitude. Je peux faire le lien avec mon histoire familiale et aussi avec des évènements de ma propre histoire en lien avec les guerres franco-allemande et avec ma première visite en Amérique Latine il y a plus de trente ans.

Troisième phase de la cérémonie, nous retournons face au soleil qui, entre temps, s’est levé. Mouvement de foule, tous les invités se précipitent pour être au premier rang sans beaucoup de considération pour la taille des uns et des autres. Rahina me prend le bras et me dit: “Cela ne va pas, les femmes et les enfants Arhuacos ne sont pas respectés. Ils sont laissés derrière et ne voient rien.” Je regarde la situation et je constate qu’elle a raison. Ils sont timides et n’osent s’imposer. Alors, je me risque: J’écarte les quelques rangs des “invités” blancs et j’invite les femmes et les enfants à passer au premier rang, ce qu’ils semblent très heureux de faire. Rahina avait bien raison, merci à sa sensibilité. Un petit garçon de 5 ou 6 ans, coiffé de son chapeau noir, hésite à s’approcher, trop impressionné. Je lui tends la main, il la saisit et je l’amène au premier rang. Je sens encore sa petite main confiante dans la mienne. Après, je ne sais plus rien de la cérémonie, sauf que j’ai beaucoup pleuré et, qu’à la fin, Naupany nous a invité à nous prendre dans les bras les uns les autres. C’est la première fois que je serre contre mon cœur ces hommes et ces femmes qui sentent bon la forêt. Je suis resté humain et je rencontre d’autres humains, quel bonheur!

La source et la rivière

Aujourd’hui les Mamos nous font un beau cadeau: ils nous emmènent très tôt sur un de leur site sacré, les sources d’un Rio où leur tradition situe la naissance de la vie sur terre. Une longue marche en silence sur un sentier étroit dans une forêt qui reprend vie – ils n’ont récupéré ces terres dévastées par le surpâturage que depuis quelques années. Une pente abrupte, et la rivière est là qui prend naissance entre de gros rochers. Etre là, simplement, se laisser pénétrer par la magnificence du lieu, assis sur un rocher à côté d’un groupe de femmes indiennes et de quelques enfants. Je deviens tendu: Plusieurs invités semblent ne pas respecter la magie de ce moment et bavardent. En fait, plusieurs parmi nous ont juste envie de plonger dans les eaux fraiches de la source. Les Mamos sont conscients de ce qui se passe. Ils nous expliquent que, pour eux, il ne faut pas perturber l’énergie et même la température de ces eaux sacrées en s’y baignant. Cependant ils laissent avec bienveillance Kazumi Ooishi, la chamane Japonaise, descendre toute habillée dans l’eau. Ils sentent son énergie, elle est maintenant en transe. Il s’ensuit une danse spontanée particulièrement émouvante. Elle chante des invocations, s’immerge, se relève, fixe le soleil pendant de longs instants. Tout le monde retient son souffle et, même sans en comprendre le détail, nous sommes saisis par la magie de l’instant, la connexion avec les puissances naturelles de l’eau, de la terre et du feu. Puissance et paix se conjuguent. “Mère nature, nous sommes ici pour t’honorer et nous ressourcer en ton sein.” L’après-midi de ce même jour une baignade joyeuse dans le grand rio sera une fête de tous les sens.

Kazumi nous fera vivre, le dernier jour, un autre rituel mettant à l’honneur les énergies féminines des mères de la communauté d’Ikarwa. Elle choisit quatre femmes et les dispose aux quatre points cardinaux de l’assemblée. Elle se met au centre, assise sur les genoux, des objets rituels devant elle. Après quelques mouvements de danse et des invocations, elle nous invite tous à passer devant chacune de ces quatre femmes pour recevoir leur bénédiction par un toucher sur la tête. Cette dernière cérémonie, empreinte d’une grande puissance théâtrale, exprime bien à sa manière le but de la rencontre, remettre en honneur notre lien à la terre mère dont toute femme mère, indigène ou blanche, est la représentante.

 

La défense des droits indigènes

Une journée entière, la troisième, a débuté par une demande expresse et précise des indiens Arhuacos, les aider à structurer leur lutte pour la reconnaissance de leurs droits et la préservation de leurs territoires. Plusieurs de leurs invités, en particulier les Mayas et les indiens du Grand Canyon ont une longue expérience à partager à ce niveau ainsi que Pauline, la femme Maori qui propose que tout ce qui sera écrit ici soit relié à tous les écrits et droits déjà obtenus à l’ONU en d’autres lieux. Suite à un long débat, un texte est élaboré en petit comité conjointement entre des représentants Arhuacos et quelques invités compétents en la matière. Le lendemain, le texte est lu publiquement en Arhuaco, en espagnol, puis en traduction anglaise et discuté en assemblée. Certaines modifications sont proposées puis tous les participants sont invités à y apposer leurs signatures. Plusieurs ont exprimé leur doute quant à l’efficacité d’un tel document tout en reconnaissant qu’il est nécessaire pour intervenir au niveau du gouvernement colombien et des Nations Unis. La survie de 75 000 Indiens et de leur culture pèse peu face aux intérêts colossaux des multinationales!

Après réflexion, je voulais ajouter ceci : « Votre sécurité repose aussi sur le fait d’être connus pour ce que vous êtes avec vos connaissances et votre cœur. Voici mon rêve : Que certains d’entre vous soient vos porte-paroles partout dans le monde, tels qu’ils sont avec vos vêtements traditionnels et votre message. Expliquez la relation que vous avez avec la terre-mère. Dites ce que vous faites pour la maintenir en équilibre, vos prières et vos cérémonies. Invitez tous ceux qui ont l’intelligence du cœur, à se joindre à votre effort pour tisser un réseau d’amour et de protection entre tous les humains et tous les êtres de la nature. Le monde a un besoin urgent de votre message et nous qui venons de 23 pays différents sommes prêts à vous aider matériellement. Ma maison est votre maison. Si je peux me permettre de parler pour les autres invités, je peux dire : Nos maisons sont vos maisons.”

Les communautés de la Sierra ont commencé à se faire connaître au grand jour. Des vidéos, des films circulent. Des associations de soutien se sont créées dans plusieurs pays. En France, nous sommes touchés par le travail d’Eric Julien qui contribue activement à faire connaître les Kogis par la publication de plusieurs livres et par l’association Tchendukua qui œuvre, entre autre, à rassembler des fonds pour le rachat des terres indigènes.

Nabusimaké

Le lendemain de la rencontre d’Ikarwa, quelques membres de la communauté Arhuacos nous ont emmenés à Nabusimaké, leur centre spirituel, à 1200 mètres d’altitude. Quand nous quittons la route goudronnée à Pueblo Bello, le chemin qu’empruntent nos quatre-quatre semble impossible. D’ailleurs, un des véhicules se couchera sur le côté et il faudra les forces réunies des passagers pour le remettre en piste. Une femme de Nabusimaké nous accompagne, elle nous explique que le non entretien de cette route est voulu pour préserver leur territoire de visite trop facile et pour protéger ceux qui veulent continuer à vivre de façon traditionnelle de la pénétration massive d’objets de consommation du monde économique basé sur l’argent et le profit. Pour moi, il est poignant de constater que des groupes entiers choisissent consciemment une vie frugale que nous pourrions considérer comme très pauvre, pour pouvoir conserver leurs liens avec la terre mère. Ce ne sont pas juste des mots mais une réalité quotidienne où les femmes filent et tissent les fibres naturelles récoltées et traitées par les hommes. Ils utilisent les fibres du yucca, ainsi que la laine de leurs moutons et les fibres d’autres plantes.

Reconnaissons-nous à ces groupes, qu’ils soient en Amérique, en Inde, en Afrique, en Australie, et même en Europe, le droit de vivre. Voulons-nous leur imposer une société de surconsommation basée sur le profit? Le profit pour qui, d’ailleurs, alors que nombre d’entre eux sont conscients de vivre dans l’abondance dans la profusion de vie que la terre mère leur offre.

Cette femme nous donnera des témoignages directs de ce qui s’est passé dans sa famille avec les missionnaires capucins et les agences gouvernementales, en particulier les enlèvements d’enfants emmenés dans des orphelinats avec mixage de population pour détruire leurs cultures et leurs langues indigènes. Sa grand-mère a survécu, petite fille, à plusieurs jours dans la jungle où elle s’était cachée pour éviter d’être emmenée. Ce n’est qu’il y a quelques années que la communauté Arhuaco a réussi, par des manifestations pacifiques, à faire partir les religieux capucins et à reprendre à leur compte l’école du village. Ils y délivrent un enseignement mixte, connaissances traditionnelles en langue indigène et études des matières académiques en espagnol. Plusieurs Arhuacos possèdent maintenant des titres universitaires qui leur permettent de servir d’interface entre leurs communautés et le monde des blancs. Ils jouent un rôle important dans la défense de leurs droits.

On nous expliquera aussi leur mode de gouvernance qui pourrait nous inspirer pour une sortie de la crise actuelle: Toutes les décisions concernant la communauté sont prises par consensus après des débats où tous les efforts sont faits pour écouter et comprendre le point de vue des uns et des autres. Le ou les Mamos présents ne sont pas les chefs de la communauté mais leurs sages. Ils ont pour rôle de faire en sorte que tout le monde s’exprime. Ils doivent évaluer ce que les décisions prises pourraient changer dans l’équilibre social et écologique de la communauté, de la planète, et même de l’univers et comment, le cas échéant, favoriser un nouvel équilibre. Quand la décision est prise, tout le monde doit pouvoir se mettre au travail le cœur léger.

 

Une belle surprise

Le moment du retour chez nous est arrivé. Nous sommes restés dans la région de la Sierra une dizaine de jours après le rassemblement. Nous sommes passés quelques fois devant la ”casa indigena ” de Valledupar en taxi toujours avec un petit pincement de cœur. Comment vont nos amis depuis ces heures passées ensemble ? Sont-ils toujours aussi satisfaits de l’expérience ? Nous voilà dans la salle d’embarquement de l’aéroport de Valledupar pour Bogota et la France. A l’autre bout de la salle, nous apercevons une femme en habit traditionnel. C’est Ruth ! Retrouvailles, embrassades joyeuses et émues, quelques mots. Deuxième surprise, dans l’avion nous sommes assis ensemble. Que le hasard fait bien les choses! Nous pouvons compléter le tissage de notre amitié : Echanges de nouvelles, dernières questions sur les peuples de la Sierra. Ruth nous explique entre autres que les Kankuamos forment la communauté indigène qui a été la plus déculturée. Ce qu’ils ont conservé de leur culture l’a été surtout par la danse. Même leur langue a presque totalement disparu. Les autres communautés les aident à se reconstruire, ce qui est bien en cours.

Récupération des bagages à Bogota, message d’amitié pour Callisto son mari, dernières embrassades. Nous nous reverrons certainement en Colombie ou en France. Nous sommes certains d’œuvrer dans la même direction.

Une invitation

J’invite de façon expresse tous ceux qui m’ont lu jusqu’ici à faire tout ce qu’ils peuvent, à la manière qui leur paraît appropriée, selon leur sensibilité et leur culture, à se joindre dans le cœur et dans l’esprit à l’effort des communautés indigènes pour sauver l’équilibre de la vie sur terre. Cela demande autant méditations, prières et cérémonies qu’actions concrètes et coordonnées. Je pense au site glcoherence.org que je viens de découvrir récemment et qui offre une salle de méditation virtuelle dans laquelle nous pouvons joindre l’énergie de nos cœurs avec des gens de touts les pays du monde sur des intentions en rapport avec l’actualité. Dans le concret, je pense aux associations de défense de la nature comme la « Criirad » ou le réseau « Sortir du nucléaire » Et des milliers d’autres qui font de leur mieux. Après, c’est vraiment selon chacun, mais l’urgence est là. Pour ma part, je choisis de vivre dans un petit village où je peux retourner les déchets organiques à la terre pour faire pousser un jardin le plus sauvage et le plus exubérant possible. Et, bien sûr, je me rends disponible avec Marie-Anne pour animer autant de séminaires et de conférences que nos forces nous permettent. J’ai aussi décidé de mettre encore plus d’énergie que je ne le fais actuellement dans l’écriture. Je le fais pour rejoindre et toucher le plus de monde possible et de partager de mon mieux l’expérience et le savoir que j’ai développé au cours de ma vie.

Avons-nous suffisamment souffert ? Si oui, une seule et ultime option : Rejoindre le champ du cœur, ce que l’on pourrait tout aussi bien écrire, le chant du cœur. Cela me remet en mémoire le grand chant de la sagesse universelle, le mantra de la Prajna Paramita, que Bouddha a prononcé il y a 25 siècles en disant qu’il contenait tout son enseignement : « Gate, gate, paragate, parasamgate, bodhi swaha. » Ce qui peut se traduire par : « plongeons, plongeons, plongeons tous ensemble, plongeons tous ensemble dans le vide absolu, quel bonheur ! » Et c’est maintenant.

En quittant la Colombie, je reformule dans ma tête et dans mon cœur cet engagement déjà ancien, celui d’être un des gardiens de la vie sur terre par mes prières, mes méditations, mes paroles et mes actions. Je le fais comme si la sauvegarde de cette vie ne dépendait que de moi, tout en sachant pertinemment que des milliers, voire des millions de personnes partagent cette attitude.

 

Un beau lien en langue française: L’association Tchendukua – Ici et Ailleurs

www.tchendukua.com

Et les livres et DVD d’Eric Julien, fondateur de l’association et grand ami des Indiens de la Sierra qui lui ont jadis sauvé la vie.

 

Annexe

Au moment où je termine ce texte, je reçois ce mail auquel je réponds aussitôt. Je présente ma traduction française à la fin du texte original de ces emails..

 

Dear participants of the meeting at Ikarwa,

I am one of the German participants. I am still staying in Colombia and enjoy the big privilege to stay connected to Arhuaco people close to Santa Marta.

Today I write to you, in order to share with you sad news. I have been told that hidden preparations to win oil in the Colombian Amazon-region (Putumayo) have taken place since about one year. Today Colombian news spoke the first time about the new chance for Colombia, to play a new role according to oil production in the Amazon – Region of Putumayo.

 

In this year, while hidden preparations took place, already lots of trees have been brought down and, what shocked me deeply, was to hear, that already several indigenous people, defending their land, have been killed. Even children!

A couple here in Santa Marta has good friends, who witnessed the killing of indigenous people. They are very cautious to speak about this openly, fearing the paramilitary forces. (In this country you may be killed easily, if you oppose the interests of those in power.)

 

Today I wrote e-mails to two German NGO´s asking them to start with investigations and help to make this public, so that it does not stay in the dark. I believe that strong global publicity will make a difference. So If you see possibilities to gain impact on this, in which way ever, please do so. What we all can do, is to hold this region and its inhabitants, animals and plants in our hearts.

 

As soon as I receive news about this topic, I’ll let you know.

Much love to all of you

Beate

 

Chers participants de la rencontre d’Ikarwa,

Je suis une des participantes allemandes. Je suis encore en Colombie et savoure l’immense privilège de rester connectée au peuple Arhuaco à proximité de Santa Marta. Aujourd’hui je vous écris pour vous partager quelques tristes nouvelles. J’ai été mis au courant que des préliminaires secrets pour obtenir des concessions d’exploitation de pétrole dans la région colombienne de l’Amazonie de Putumayo ont lieu depuis environ une année. Aujourd’hui les nouvelles colombiennes ont parlé pour la première fois de la chance toute nouvelle que représente pour la Colombie de jouer un rôle nouveau grâce à la production de pétrole dans la région amazonienne de Putumayo.

 

Cette année, alors que des tractations secrètes avaient lieu, déjà beaucoup d’arbres ont été abattus, et, ce qui m’a choqué profondément, a été d’entendre que déjà plusieurs indigènes qui défendaient leur territoire avaient été assassinés. Même des enfants.

 

Un couple ici à Santa Marta, a de bons amis qui ont été témoins de la tuerie de ces indigènes. Ils doivent être très prudents pour parler de ces choses ouvertement, par peur des forces paramilitaires. Dans ce pays, vous pouvez être tué très facilement si vous vous opposez aux intérêts de ceux qui ont le pouvoir.

 

Aujourd’hui, j’ai écrit des mails à deux ONG allemandes leur demandant de commencer des investigations et d’aider à faire connaître ces faits de telle façon que cela ne reste pas dans l’ombre. Je crois que rendre ces faits publics de façon forte et globale fera une différence. Aussi, si vous envisagez des possibilités d’avoir un impact à ce propos, de n’importe quelle façon, s’il vous plaît, faites-le. Ce que nous pouvons tous faire, c’est de garder cette région et ses habitants, ses animaux et sa végétation dans nos cœurs.

Dès que je reçois d’autres nouvelles à ce sujet, je vous le fais savoir.

Beaucoup d’amour pour vous tous.

Beate

 

Beloved Beate,

Thank you for your message. That means also that our new friends of the Sierra are in constant danger of being killed for they oppose the mining and the hydro projects in their area. We will do all what we can to make these facts known, first in communicating them into my mailing list. To kill a native or to accept that to happen, means we have already killed in us our indigenous part, this part which is connected deeply with our mother earth and with our own sensitivity.

Be sure we are one heart with you.

Dominique et Marie-Anne

 

Chère Beate,

Merci pour ton message. Cela signifie aussi que nos nouveaux amis de la Sierra sont en danger constant d’être tués pour leur opposition à l’exploitation minière et aux projets hydroélectriques de leur région. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour faire connaître ces faits, premièrement en les communiquant à notre liste d’envois. De tuer un indigène ou d’accepter que cela soit possible, signifie que nous avons déjà tué en nous notre part indigène, cette part de nous qui est profondément connectée avec notre mère la terre et avec notre propre sensibilité.

Sois assurée que nous sommes de tout cœur avec toi.

Masta et Rahina

Dear Dominique and Marie-Anne,

How good to hear from you.

I think that the situation of the indigenous people in the Sierra is a little different, because they over the time gained lots of respect for their wisdom and many of them are already in touch with higher levels of politics. The indigenous in the Amazon-Region have been living totally remote and do not have those connections. So they are much more in danger. Nevertheless it is true, that mother earth and her guardians need to be protected and supported everywhere.

Much love to both of you. I keep you in my heart.

Un abrazo fuerte

Beate

 

Chers Dominique et Marie-Anne,

Comme il est bon de vous entendre.

Je pense que la situation des indigènes de la Sierra est un peu différente, parce que, au fil des années, ils ont gagné beaucoup de respect pour leur sagesse et beaucoup d’entre eux sont maintenant connectés avec des politiciens haut placés. Les indigènes de la région amazonienne ont vécu dans des régions totalement isolées et n’ont pas ces connexions. Pour cette raison ils sont beaucoup plus en danger. Cependant, il est vrai que la terre mère et ses gardiens ont besoin d’être protégés et soutenus en tout lieu.

Une étreinte très forte.

Beate

 

J’invite tous ceux qui m’auront lu jusqu’ici de faire selon leur cœur pour communiquer ou non ces textes à leurs amis et à leurs réseaux. La circulation d’information peut faire une énorme différence.

Beaucoup d’amour pour tous.

Dominique Vincent

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